» Il faut privilégier le dialogue puisqu’il ressort que plus de 80% des terroristes sont des fils du pays  » Aminata Rachow

Aminata Rachow est Web-activiste burkinabè, parfois incomprise dans ses multiples interventions ou prises de position sur des questions d’actualité sociopolitique, de gouvernance, de droits humains…sur les réseaux sociaux. Elle assure, pourtant,  mettre au centre de ses prises de position l’intérêt supérieur de la nation burkinabè. De son engagement en tant qu’activiste, ses relations avec les gouvernants, sa lecture de la façon dont s’organise et se mène la lutte contre le terrorisme et bien d’autres sujets, Mme Rachow a accepté répondre à nos questions par mail.   Lisez plutôt.

Le web activisme comporte de véritables risques pour ma personne ainsi que pour ma famille et mes proches

Quotidien numérique d’Afrique : Vous êtes l’une des web activistes les plus connus. Que faites-vous d’autre comme activité ?

Aminata Rachow :    Je suis Aminata RACHOW née OUEDRAOGO. Je suis originaire de la région du Nord (Ouahigouya), j’ai passé ma tendre enfance à Bobo- Dioulasso. Je suis mariée et mère. Je réside depuis une vingtaine d’année en Allemagne ou j’exerce dans le domaine de la santé. Je suisune dame qui allie boulot-gestion du foyer et web activisme

QNA : Femme et Web activiste très engagée avec les risques que cela comporte, comment est-ce que vos proches conçoivent cela ?

A R :   Le web activisme comporte de véritables risques pour ma personne ainsi que pour ma famille et mes proches. Je reçois des menaces de diverses natures allant des mises en garde jusqu’aux menaces de mort. Mes proches trouvent que je prends trop de risques et s’inquiètent souvent. Cependant, je bénéficie de leur soutien et de leur compréhension, ils comprennent le sens et la noblesse de mon combat.

QNA : Le web-activisme a le vent en poupe actuellement. Mais certains pensent que les web activistes au Burkina Faso sont rémunérés pour salir la réputation  des adversaires politiques. Qu’en dites-vous ?

A R : Le web activisme pour moi est comme un sacerdoce et ne saurait être, en aucun cas, une source de revenu. Il faudrait ainsi séparer l’ivraie de la bonne graine.  S’il existe vraiment des web activistes rémunérés et utilisés par les parrains, personnellement je ne ‘’boxe pas en dessous de la ceinture’’ et je ne m’inscrits pas dans cette logique de boxe par procuration. J’essaie tout simplement de rester fidèle à ma logique, en mettant l’intérêt supérieur de la nation au centre de mes préoccupions.  

‘’Je n’ai jamais été proche du CDP’’

QNA : Vous avez été condamnée dans une affaire de diffamation contre l’ex- ministre du commerce, Arouna Kaboré. Comment avez-vous accueilli le verdict ?

A R : Quand vous êtes dans ce métier de web-activisme vous ne pouvez pas échapper aux plaintes, le métier menace les intérêts des individus et ça fait mal. A propos de ce verdict, je dirais que je ne suis pas étonnée d’autant plus qu’ils étaient les princes du moment, mais nous sommes en attente des résultats des audits en cours afin de voir clair (rire). Il faudrait aussi savoir que j’ai fait appel de cette décision de justice. Je considère ce harcèlement judiciaire comme une fuite en avant

QNA : Au regard de vos prises de position très critiques contre le MPP, d’aucuns estiment que vous êtes très proche du CDP, que répondez-vous ?

A R : Vous savez, quand tu es un personnage  public et que tu dénonces les mauvaises pratiques d’un régime, il faut s’attendre à toutes sortes d’allégations venant des tenants de ce régime.  Beaucoup de gens parlent de ce qu’ils ne savent pas. Je suis Burkinabè et je suis libre d’être en relation avec tous mes frères, peu importe leur bord politique. Mais, Je n’ai jamais été proche du CDP. Je ne suis pas une militante de ce parti. 

QNA : Le Burkina Faso  est attaqué par les groupes armés depuis des années maintenant.  Quelle lecture faites-vous de la dégradation continue de la situation sécuritaire ?

 A R : Le pays est attaqué depuis 7  ans, c’est vraiment triste. Le vrai problème, c’est qu’au début de la crise, le pouvoir  de l’ex-président  Kaboré  avait fait un mauvais diagnostic du mal qui nous a conduit dans cette situation sans précédent pourtant en ce moment le mal était circonscrit. Ce mauvais diagnostic a eu pour conséquence une expansion du terrorisme sur presque toute l’étendue du territoire, toute chose qui rend complexe sa gestion. On espère qu’avec les nouvelles réformes engagées par les nouveaux dirigeants on va arriver à endiguer le mal. Il faudrait cependant noter une amélioration de la situation sécuritaire ces deux derniers mois.

QNA : Selon vous quelles sont les solutions rapides pour venir à bout du terrorisme au BF ?

A R : Le terrorisme s’est métastasé sur toute l’étendue du territoire à l’image d’un cancer. Pour moi,  il n’y a qu’une bonne stratégie en trois étapes qui nous permettra de venir à bout de ce mal. La première stratégie,  c’est de renforcer les FDS en matériels ainsi qu’en effectif afin d’avoir une montée en puissance sur le terrain. La seconde stratégie, c’est de privilégier le dialogue puisqu’il ressort que plus de 80% des terroristes sont des fils du pays. Ce dialogue pourrait permettre  d’accueillir ceux qui sont pris au piège et qui veulent déposer les armes. Enfin, la dernière  consiste à développer des pôles de croissance dans les zones sous contrôle  afin d’éviter que les populations ne soient plus tentées de regagner le rang des forces du mal.

QNA : Le Mali qui vit la même situation que le Burkina Faso, s’est résolument tourné vers un partenariat avec la  Russie. Pensez-vous qu’une coopération militaire avec Moscou nous sortira de ce bourbier ?

A R : Je pense qu’aucun pays dans ce monde ne peut vivre en autarcie, toute coopération est bonne à prendre pourvu qu’elle soit gagnant-gagnant. Si la coopération avec la Russie  s’inscrit dans le cadre de renforcement en capacité, d’acquisition d’équipements, elle pourrait aider le Burkina Faso dans cette lutte contre le terrorisme.

QNA : Quelles sont vos relations avec le MPSR et les nouvelles autorités du Burkina Faso ?

A R : Je peux dire que j’ai une relation amicale et de principe avec le MPSR en ce sens qu’il a mon soutien, notre pays est dans une situation critique et on doit soutenir cette transition.

QNA : Au-delà de la question sécuritaire plusieurs autres chantiers attendent le gouvernement de la transition. Quelle appréciation faites-vous de cette équipe gouvernementale ?

A R : Dans l’ensemble j’ai une bonne appréciation de l’équipe même si je déplore certaines nominations.

QNA : L’Assemblée législative de  Transition a été installée le 22 mars dernier, une assemblée composée de toutes les couches sociales. Cependant certains citoyens mettent en cause la qualité des hommes siégeant. Comprenez-vous leur inquiétude ?

A R : Oui je comprends bien leur inquiétude, nous avons parmi eux (les membres de l’ALT, ndlr) des personnes de moralité douteuses.

QNA : Vous êtes très critique envers la presse nationale actuellement, qu’est-ce que vous leur reprochez ?

A R : Je reproche à certains journalistes le manque de déontologie de leur métier. Beaucoup d’entre eux ne vont plus à l’information et font un  mauvais traitement de l’information. En plus de cela nous avons une presse   très politisée, donc il est difficile pour elle d’être objectif et impartial dans le traitement de l’information.

Propos recueillis par la rédaction