Tunisie: Le président Kais Saied dissout le Parlement et aggrave la crise politique

Le président tunisien Kais Saied a dissous mercredi 30 mars le parlement, prolongeant la confiscation du pouvoir de huit mois et aggravant la crise politique dans le pays.

Cette annonce intervient suite à une réunion du Conseil de sécurité nationale, quelques heures après que les parlementaires ont tenu une session plénière en ligne et voté un projet de loi contre les « mesures exceptionnelles » prises par le président Saied, l’année dernière. « Aujourd’hui, en ce moment historique, j’annonce la dissolution de l’Assemblée des représentants du peuple, pour préserver l’État et ses institutions », a déclaré Kais Saied  dans un communiqué diffusé à la télévision d’Etat cité par l’AFP. Il a dénoncé la décision du Parlement, la qualifiant  de »tentative de coup d’État » et a déclaré que les responsables avaient « trahi » la nation. »Ils seront poursuivis pénalement », a-t-il ajouté. Le président  Saied, a limogé le 25 juillet dernier le gouvernement, gelé l’Assemblée et s’est donné des pouvoirs étendus. Il s’est arrogé le droit de gouverner et de légiférer par décret et a pris le contrôle du pouvoir judiciaire.

Un nouveau pharaon

Mercredi, 120 des 217 membres de l’Assemblée ont assisté à une session virtuelle, leur première, depuis le gel du Parlement.  Les députés ont adopté un projet de loi pour annuler les mesures de Saied au motif qu’elles bloquaient le processus démocratique et menaçaient de réinstaller un système autocratique. »Nous ne sommes pas des députés gelés ou suspendus, nous sommes sous le pouvoir d’un nouveau pharaon », a déclaré à l’AFP Safi Saïd, ancien candidat indépendant à la présidentielle. Saied a ensuite cité la Constitution de 2014, affirmant qu’il était « le président de l’État, le symbole de son unité et le garant de son indépendance ». Il a répété à plusieurs reprises que les libertés durement acquises du pays étaient « garanties ». Les groupes de défense des droits ont souligné la répression énergique des manifestations de l’opposition, les procès de civils devant des tribunaux militaires et les arrestations de journalistes comme des signes que le pays revient à l’autoritarisme.Saied a présenté une feuille de route pour la rédaction d’une nouvelle Constitution qui sera soumise à un référendum en juillet, suivi d’élections à la fin de l’année.

K.Fiakofi