« Un chant écarlate » : le dernier roman de Mariama Bâ, plus actuel que jamais

Resté longtemps inédit, le deuxième roman de la pionnière des lettres sénégalaises, Mariama Bâ reparaît, en France, chez la toute jeune maison d’édition, Les Prouesses. Le roman en question, “Un chant écarlate” est tout aussi moderne que le premier, “Une si longue lettre”.

Dans “Un chant écarlate” Mariama Bâ a dépeint les problématiques de la société sénégalaise, en générale africaines

Le roman “Une si longue lettre”, paru en 1979, a rendu célèbre la militante féministe sénégalaise Mariama Bâ (1929-1981), son auteure. Le succès de ce premier livre, plusieurs fois traduit à travers le monde, a presque éclipsé le deuxième, publié juste après le décès de l’écrivaine. Pourtant, selon le média Le Monde, “Un chant écarlate”  confirme bel et bien le talent de Mariama Bâ pour dépeindre son pays sous l’angle de ses problématiques sociales : relations entre communautés, exigences familiales, poids des traditions, conjugalité et émancipation féminine, etc.  Resté longtemps inédit, le roman reparaît chez la toute jeune maison d’édition française Les Prouesses. C’est la première fois que le roman “Un chant écarlate” est accessible aux lecteurs français, belges et suisses.

Amour, statut des femmes et pesanteur des codes sociaux

“Un chat écarlate” retrace l’histoire d’amour d’un jeune sénégalais et d’une française, a rapporté Jeune Afrique. L’ombre du racisme plane très vite sur la romance dakaroise entre Mireille, fille de diplomate français, et Ousmane, rejeton d’un ancien tirailleur pauvre et invalide. Elle doit affronter son père  « bien sûr qu’on peut fraterniser avec le Nègre mais on ne l’épouse pas », tonne-t-il. Lui sait parfaitement que « choisir sa femme en dehors de la communauté est un acte de haute trahison ». Qu’importe, les deux amants, sûrs de leurs sentiments, finissent par mettre leurs familles respectives devant le fait accompli de leur mariage. Mais les différences culturelles vont bientôt peser de tout leur poids sur leur histoire. Selon le résumé du roman fait par Le Monde, de retour au Sénégal, le couple est confronté pour la première fois aux réalités locales. La bonne volonté de Mireille qui a tout abandonné pour se marier est mise à rude épreuve lorsqu’elle doit composer avec un époux désireux de prouver sa loyauté à sa communauté. Des visites incessantes et intempestives dérangent son intimité, mais, plus que tout, elle subit l’omniprésence d’une belle-mère qui la juge par avance, elle, « la Blanche [qui] manie son homme comme un pantin ». Sapé par les manigances de son entourage, le couple naguère harmonieux se laisse peu à peu gagner par la discorde, au point de s’étioler.

Sujets d’actualité

Si la rédaction du roman date de plusieurs années, les thèmes abordés par  Mariama Bâ restent toujours d’actualité. Le statut des femmes, les rôles qu’on leur impose, la portion de leur liberté de choix comme de parole, la question de la réussite des couples dits « mixtes », ou encore celle des unions non classiques et de la difficulté de survivre aux préjugés et au regard normatif de la société, sont des sujets qui restent moderne. 

Mariama Bâ, née le 17 avril 1929 à Dakar, et morte dans la même ville le 17 août 1981, est une femme de lettres sénégalaise. Elle est issue d’une famille Lébou musulmane. Elle a toujours critiqué les inégalités entre hommes et femmes dues à la tradition africaine. Féministe, elle a milité pour une meilleure prise en compte des questions féminines.

Line Rose