L’omerta au travail chez les femmes en début de grossesse

Dans le milieu professionnel, microcosme de la pudeur, être femme en début de grossesse constitue une sorte d’omerta, parfois lourd de conséquences. Les femmes enceintes sont souvent dans l’obligation de mentir sur les raisons de leurs allers et retours incessants aux toilettes.
« Je ne connais pas une femme qui a été à l’aise pour annoncer sa grossesse au boulot », confie Judith Aquien, auteure de « Trois mois sous silence », où elle dépeint un sombre tableau de ce que vivent les femmes au début de leur grossesse, notamment au travail, où propos culpabilisants et insinuations déplacées peuvent être leurs lots quotidiens.
En effet, le corps de la femme subit des modifications hormonales très fortes lors du premier trimestre de grossesse (fatigue, nausées, vomissements, problèmes cutanés, digestifs, troubles génitaux et urinaires…), gênantes, au quotidien. Les remarques intrusives des collègues n’arrangent rien. « Puisqu’on ne voit pas encore qu’une femme est enceinte, on pense que ses symptômes sont des caprices », interprète-t-elle. C’est ce constat qui pousse les femmes à dissimuler leur grossesse, notamment par peur d’une fausse couche. Une femme sur quatre est confrontée à au moins une fausse couche au cours de sa vie. C’est, pour éviter la peine de devoir avertir son entourage des complications, qu’une injonction à dissimuler la grossesse les trois premiers mois existe. Mais ce silence rend la gestion de l’angoisse encore plus difficile.
Symptômes dépressifs
« Il faudrait travailler à rendre la vie des femmes en début de grossesse plus facile » selon judith Aquien
Entre 10 et 16% des femmes traversent une dépression prénatale, et 86% subissent des symptômes dépressifs qui ne sont ni suivis ni traités, alerte Céline, sage-femme coordinatrice du Réseau de santé périnatal parisien (RSPP). Elle ajoute que ces dépressions peuvent mener, à long terme, à des dépressions post-partum qui, dans certains cas, vont jusqu’au suicide. Dans une interview accordée à la maison des maternelles, publié en mai 2021, Judith Aquien l’auteur du livre « Trois mois sous silence » pense que pour améliorer la condition de la femme enceinte au travail, les ressources humaines (RH) doivent organiser les choses, notamment le télétravail pour que les femmes puissent poursuivre le travail mais dans des conditions dignes : aller vomir dans leurs toilettes, faire une power-nap dans leur lit, et pas sur la cuvette des toilettes du bureau ! Pour les femmes qui ne travaillent pas dans un bureau (profs, personnels de santé, de ménage, de la petite enfance, qui travaillent dans l’artisanat, etc.), elles doivent pouvoir bénéficier d’aménagements de leur emploi du temps sans que leur poste ni leur salaire soient mis en danger. Par ailleurs, la médecine doit faire des recherches pour pallier ces symptômes, qui ne sont, en aucun cas, des « petits bobos » ou « petits tracas » ou petits « quoi que ce soit » !
Oumou KONATE