Guinée Bissau : Le président Umaro Sissoco Embalo veut mettre fin au trafic de drogue et la la corruption dans son pays

La Guinée Bissau est qualifiée de narco-Etat par l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC)

Le président Umaro Sissoco Embalo s’est prêté aux questions réponses lors d’un entretien avec Le Monde Afrique. Homme de poigne connu pour son franc-parler, le chef de l’Etat prône la fermeté pour faire décoller un pays longtemps gangrené par l’instabilité politique et le narcotrafic.

Umaro Sissoco Embalo se dit prêt à se battre « par tous les moyens » contre les trafiquants, et il assure qu’ils ont miraculeusement « déserté le pays » depuis son élection

Arrivé au pouvoir il y a un an et demi, le président bissau-guinéen a parlé de sa vision pour son pays pendant plus d’une heure de temps dans la tribune Le Monde Afrique. Connu pour son franc-parler et soucieux de s’afficher lui aussi comme un homme à poigne, cet ancien général de brigade dans les années 1990 se revendique tout simplement de « l’embaloïsme », qu’il résume par le triptyque  : « ordre, discipline et développement ». Une recette qui doit permettre d’en finir avec l’instabilité permanente de ce pays de moins de 2 millions d’habitants qui a connu quatre coups d’Etat et seize tentatives de putsch depuis l’indépendance obtenue vis-à-vis du Portugal en 1974. « Il n’y a pas de petit Etat ni de petit président », assène Umaro Sissoco Embalo. Le 29 décembre 2019, au soir de sa victoire surprise contre le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), la formation indépendantiste historique il  déclarait déjà que « La Guinée-Bissau ne sera plus le pays que vous avez connu, où n’importe qui fait n’importe quoi. C’est terminé, terminé ! ».

Avec moi, ces gens-là n’auront pas de grâce présidentielle

Toujours coiffé d’un keffieh rouge lors de la campagne, celui qui se définit comme « anti-système » malgré son passé de premier ministre (2016-2018) a séduit par sa jeunesse (47 ans à l’époque) et son ambition déclarée : la lutte contre la corruption structurelle qui ronge le pays. Selon Transparency International, en 2018, la Guinée-Bissau possédait l’un des secteurs publics les plus corrompus au monde. Au prétexte de vouloir combattre ce fléau, Umaro Sissoco Embalo a placé des caméras de surveillance « dans tous les quartiers de Bissau ». Cet ancien officier décrit la corruption comme un « Covid social » dont les deux « vaccins » seraient « la discipline et l’ordre ». Tout en s’empressant de préciser : « Je ne suis pas un dictateur ! Mais quand le chef est réglo, la société suit. ». Qu’importe la séparation des pouvoirs : « Ici il n’y a qu’un seul chef : je décide, les autres exécutent. Il y a une concertation, mais je ne tolérerai jamais les trafiquants et les corrupteurs. Au temps fort des restrictives établies pour lutter contre la pandémie du  Covid-19,  l’OMS avait demandé de libérer des prisonniers. Selon les président bissau-guinéen, ceux (les détenus) qui sont restés derrière les barreaux étaient accusés de corruption, homicide volontaire et trafic ou consommation de drogue. Avec moi, ces gens-là n’auront pas de grâce présidentielle. » a-t-il déclaré dans les colonnes du Monde Afrique.

Pierre Oued.