Le Centre pour la Gouvernance Démocratique (CGD) a organisé un symposium sur la sécurité du 08 au 09 décembre 2021 à Ouagadougou sous le thème “ Contribution des Organisations de la société civile dans la coproduction de la sécurité, de la paix et la défense nationale”. L’objectif de cette rencontre d’échanges entre responsables de la sécurité et acteurs de la société civile vise à harmoniser les actions pour une meilleure contribution de la population à la lutte contre l’insécurité.
Confronté depuis 2015 à des attaques terroristes récurrentes, le Burkina Faso est à la recherche de solutions pouvant contribuer à lutter efficacement contre le terrorisme. A cet effet, le Centre de Gouvernance Démocratique (CGD), dans l’optique d’apporter sa pierre à la réédification d’une nation solide garante de la sécurité de ses propres citoyens, organise cet atelier professionnel avec l’intervention de deux responsables de la sécurité. Le Commissaire principal de Police, Amidou Yoin, dans son intervention, a souligné la nécessité d’une franche collaboration entre les services de sécurité et la population pour mieux lutter contre l’hydre terroriste. Il justifie cette position par la loi 032/2003/AN portant sur la sécurité intérieure qui indique clairement l’urgence d’une telle collaboration effective avec pour corollaire la création d’une police de proximité déjà en activité. Il a rappelé, à cet effet, la stratégie nationale de sécurité intérieur adoptée en 2010 qui a couvert la période allant de 2011 à 2020 et tout récemment le forum national sur la sécurité tenu en octobre 2017. Ce forum a réaffirmé le principe de la collaboration dans ses recommandations dont l’une indiquait la prise en compte des acteurs non-Étatiques dans le système sécuritaire, a rappelé le Commissaire principal de Police.
Repenser le maillage territorial pour rapprocher FDS et populations
Comment faire face au défi en matière de sécurité des personnes et des biens? A cette question, le Commissaire principal de police a souligné en réponse que cela nécessite un certain nombre de réformes. A commencer par le rapprochement entre forces de sécurité et population. Cela a suscité une analyse du maillage territorial qui a entraîné une décentralisation des services de sécurité en cours, a-t-il dit. Il y a deux à trois ans qu’au Burkina Faso, sur les 351 départements, la police nationale était présente dans 190 départements, soit un taux de couverture de 54%, à l’entendre. La gendarmerie nationale, elle, est présente dans 149 départements, soit 42,5%. Les deux services de sécurité sont présents dans 114 communes soit 32,5%. Quant à la police municipale, elle couvre 33 communes. Cette faible couverture a laissé 125 départements sans service de sécurité et exige donc un effort des gouvernants pour permettre à la population d’avoir accès à ces services de sécurité intérieur afin d’espérer une meilleure collaboration, de l’avis du commissaire principal.
En deuxième lieu, il faut, selon lui, repenser le système de maillage du territoire national pour créer la proximité et l’accessibilité des services de sécurité intérieur aux populations pour améliorer la réactivité des forces de sécurité en cas de besoin. Cela aussi demande une amélioration du ratio FDS-Population par des recrutements. La troisième réforme consiste en un partenariat entre les deux parties pour permettre à la population de contribuer aux traitements des affaires de criminalité par une communication efficace.
“L’intervention souhaitée par l’Etat dans le domaine de la sécurité, se veut essentiellement préventive”, a fait savoir le Commissaire principal de Police, Amidou Yoin, qui souligne, d’après les analyses, que des initiatives d’intervention de la population dans le domaine de la sécurité sont orientées vers la répression, notamment les groupes d’auto-défense communément appelé Kolg Weogo. Ce qui met en lumière, la non-appropriation des services de sécurité comme la police de proximité, de son point de vue.
La particularité de la menace à laquelle fait face les forces armées nationales burkinabè
Le Commandant Hervé Yé, Directeur de communication de la gendarmerie, a axé son intervention sur la particularité de la menace terroriste au Burkina Faso. Les armées en général sont équipées et formées pour combattre un ennemi “conventionnel” qui n’a pas pour vocation à se mêler aux populations, fait-il observer. De nos jours, avance-t-il, les forces de sécurité évoluent et s’adaptent dans un contexte de combat difficile contre un ennemi intérieur qui se dissimule dans la population et qui est aussi un national (Burkinabè).
“Le Burkina Faso a basculé de façon rapide dans le terrorisme sans une préparation préalable de sa population contre ce fléau comme c’est le cas pour bon nombre de pays”, a laissé entendre le Commandant Yé. “Au Burkina Faso on n’était habitué à entendre parler de crime de sang, si bien que les gens n’ont pas eu le temps de s’habituer à un type de réflexe sécuritaire”, a-t-il laissé entendre. “Nous n’avons pas eu cette situation de transition que d’autres pays ont eu pour développer des réflexes sécuritaires. Ce qui explique les difficultés de collaboration entre les forces de défense et de sécurité et les populations dans la lutte contre le terrorisme”, assure-t-il.
Des solutions et des attentes des services de sécurité intérieur vis-à-vis des OSC
La collaboration des populations avec les forces de sécurité intérieure est indispensable, pour espérer venir à bout du terrorisme. Pour le commissaire principal de police, sur le plan individuel, un changement de comportement et de perception s’impose afin que les questions sécuritaires ne soient pas perçues comme le seul apanage des services de sécurité. Il appelle la population au développement d’aptitude préventive, à un apport d’informations nécessaires à l’action des services de sécurité à travers les numéros verts. Sur le plan collectif, il appelle à plus d’implication dans les activités ayant trait à la sécurité et à sensibiliser les populations pour qu’elles prennent conscience de leur rôle en matière de sécurité.
“Les défis liés à la sécurité des personnes et des biens ne peuvent être relevés qu’à travers une collaboration basée sur un partenariat entre forces de sécurité intérieure et populations », a-t-il conclu. Quand au second panéliste, le Commandant Yé en l’occurrence, il propose l’établissement d’une relation de complémentarité où chacun contribue activement à sa propre sécurité et surtout au combat contre le terrorisme et l’extrémisme violent dans toutes ses manifestations dans son environnement. “On ne pourra jamais mettre un agent de sécurité derrière chaque population, habitation ou hameau de culture”, a-t-il martelé. Il a donc appelé à un changement de paradigme de la population face à la question sécuritaire afin que la lutte contre le terrorisme soit plus efficace.
Ce symposium a connu un premier panel des forces de défense et de sécurité qui a porté sur les enjeux, les défis et attentes des FDS. Après l’intervention des deux responsables de sécurité s’en est suivi celle des OSC ( USIP, UFC-Dori, WANEP Burkina, 2CGS et le CGD) consacré sur un partage d’expérience des actions de collaboration mené par chacune de ces structures. Le 2eme jour est consacré à des travaux de groupe sur la formulation de solutions aux difficultés rencontrées par chacune des parties mais aussi à des esquisses de solutions pour raffermir cette collaboration, gage d’une victoire sur l’ennemi commun.
Lucien DAKISSAGA




















