Burkina Faso / Milieu professionnel : Des stagiaires victimes d’harcèlement sexuel

Le stage au Burkina est plus orienté vers l’apprentissage du métier de serveur de thé, de coursier ou de victime d’harcèlement sexuel ou verbal.

Trouver un stage au Burkina Faso relève d’un véritable parcours de combattant. Et nombreux sont les stagiaires dans les entreprises qui passent tout leur temps à servir du thé, acheter des crédits de communications, nettoyer souvent le bureau, bref, à faire des commissions à n’en pas finir. Toute chose qui finit par démotiver le/la stagiaire. Pire, il y’a certaines stagiaires qui font l’objet d’harcèlement sexuel de la part de leurs supérieurs.
Le stage est une période temporaire de mise en situation professionnelle dans le cadre d’un cursus pédagogique. C’est l’occasion pour l’étudiant de mettre en pratique les connaissances acquises lors de sa formation et peut aussi lui permettre d’acquérir des compétences professionnelles nouvelles qui pourraient valoriser son CV. Malheureusement, le stage qui devrait permettre à l’étudiant de se confronter à une expérience réelle dans le milieu professionnel est plus orienté vers l’apprentissage du métier de serveur de thé, de coursier ou de victime d’harcèlement sexuel ou verbal. C’est le cas de S.B, étudiant en école de commerce. Pour la fin de son stage master 1 en gestion, il a effectué un stage dans un cabinet comptable. Au départ, il était censé faire du contrôle de gestion, mais il a vite déchanté. « Quand je suis arrivé, ma tutrice était absente. On m’a alors envoyé à l’archivage. J’avais des tas de factures à classer par fournisseur et par date », raconte le jeune homme qui a voulu garder l’anonymat. Tout comme S.B, ils sont nombreux les stagiaires vivant un véritable enfer dans la plupart de ces grandes boîtes qui malheureusement n’offrent pas la possibilité au stagiaire de connaître le monde de l’entreprise et celui du milieu professionnel choisi. Ce qui fait que ce dernier n’a donc pas la possibilité de faire ce pour quoi il est là, c’est à dire mettre en pratique les apports théoriques de la formation ; développer des compétences professionnelles et bâtir un réseau relationnel ; acquérir une première expérience et confirmer ou infirmer son projet professionnel.
Une situation triste mais réelle
Pire, certains stagiaires en occurrence les filles sont victimes d’harcèlement sexuel ou verbal de la part de leurs supérieurs. Cette jeune fille que nous avons rencontrée dans une entreprise de la place et qui a voulu garder l’anonymat témoigne : « Durant mon stage, j’ai été victime d’harcèlement sexuel de la plupart de mes supérieurs. Comme je n’accédais pas à leurs avances, cela s’est transformé en harcèlement verbale puis à un refus de répondre aux différentes inquiétudes que je pouvais avoir sur la société. Ils n’avaient jamais le temps pour m’enseigner quelque chose qui me serait utile dans ma future vie professionnelle mais ils avaient toujours le temps pour m’inviter à sortir ou faire des allusions déplacées sur mon physique ». Si notre confidente a pu résister, ce n’est pas le cas chez M.A qui a dû claquer la porte parce qu’elle n’en pouvait plus. « Le monsieur me donnait rendez-vous dans des chambres d’hôtel et si je n’honorais pas, au service, il passait tout le temps à m’humilier alors j’ai dit merde et je suis parti », dit-elle.
Ces situations sont de plus en plus fréquentes dans nos entreprises et interpellent aussi bien les responsables d’entreprises que les directeurs d’école. Il faut donc en parler tout de suite sans gêne. Le ministère en charge du travail et celui de la femme sont aussi interpellés car c’est ensemble qu’on pourra donner à la femme la place qui lui revient dans nos entreprises.
Sié Alfred