A en croire plusieurs sources, le 8 décembre 2021 le président du Faso, par décret, a mis fin aux fonctions de son premier ministre, Christophe Dabiré. Un événement consécutif au rejet, par le président du Faso, du rapport d’enquête de l’inspection générale des Armées sur les attaques terroristes d’Inata. Le pays tout entier attend la future équipe gouvernementale, avec beaucoup d’interrogations.

C’est en janvier 2019 que Christophe Dabiré est nommé Premier ministre, par le Président Roch Marc Christian Kaboré. Son expérience d’économiste, d’ancien ministre et de haut fonctionnaire a pesé dans le choix de sa personne pour succéder à Paul Kaba Thieba, comme chef du gouvernement. Il aura assuré les fonctions de chef du gouvernement pendant près de trois ans, avant qu’il ne soit mis fin à ses fonctions le 08 décembre 2021, par un décret du Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré. Cette démission ou ce limogeage du Premier ministre entraîne automatiquement la démission de l’ensemble des membres du gouvernement, selon les dispositions légales au Burkina Faso. Conformément au décret présidentiel ayant mis fin aux fonctions du chef du gouvernement, «les membres du gouvernement sortant assurent l’expédition des affaires courantes des départements ministériels jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement». Cet acte fait suite à l’allocution télévisée du chef de l’Etat qui a annoncé «la nécessité de constituer, au plan gouvernemental, une équipe resserrée et plus soudée». Une décision qui a un rapport direct avec l’attaque meurtrière d’Inata du 14 novembre dernier qui a coûté la vie à près d’une cinquantaine de gendarmes et des civils, sans compter la longue série des attaques terroristes. Cette autre attaque terroriste d’Inata, selon plusieurs sources, a révélé d’importantes failles, notamment un manque criant de matériel, d’effectifs et même de provisions alimentaires, suscitant l’émoi chez le moindre des Burkinabè. Le rapport d’enquête de l’inspection générale des Armées sur le massacre de Inata, rejeté par le président Kaboré, devrait situer les responsabilités dans la chaîne du commandement militaire et lui permettre de prendre des sanctions. En attendant, le gouvernement resserré annoncé, les premières mesures ont fait sauter le fusible, Christophe Dabiré en l’occurrence, qui quitte la primature. Serait-ce pour traduire la volonté du chef de composer une équipe plus combative et dynamique, après les changements intervenus dans le commandement de l’armée avec des officiers plus jeunes promus ? Cela s’imposait , de toute façon, au regard de la dégradation aggravée de la situation sécuritaire du pays. Autre chose, c’est la gangrène que constitue la corruption à laquelle le futur premier ministre devrait plus s’attaquer, avec plus d’efficacité. Même “l’opération mains propres” annoncée par le Chef de l’Etat ne semble pas convaincre bien des citoyens pour qui, le chef lui-même fait montre de faiblesse, alors qu’une opération mains propres doit mettre l’administration entière en ordre de marche et exiger de l’intransigeance et de la fermeté. “On ne peut pas faire une opération mains propres avec des mains sales” comme disent certains acteurs de la Société civile pour qui, après une embellie liée à la baisse relative de la corruption entre 2015 et 2016, cette gangrène s’est approfondie, au grand dam de tous les Burkinabè, tous responsables, selon certains acteurs clés de la vie de l’Etat. Le chef de l’Etat lui-même y compris, dans une certaine mesure. La corruption passive et active est ancrée dans le comportement des Burkinabè et si chaque Burkinabè ne devient pas un rempart contre ce mal, la société court à sa perte, cela d’autant plus que ce mal, à tous les niveaux, peut gangrener la société et faire le lit de la loi du plus fort dans la cité, et partant, créer le danger qui guette chaque citoyen.
Un chef d’orchestre hors de tout soupçon, qui ne traîne aucune casserole…
Le futur premier ministre devrait donc être un Homme intègre, vraiment intègre au sens de l’expression qui fonde l’identité du Burkina Faso. Un premier ministre d’expérience, qui ne traîne pas de casseroles, qui a fait ses preuves de par le passé et qui est à même d’aider à assainir la situation du pays. Les multiples rapports pondus par l’Autorité du contrôle d’Etat qui dorment dans les tiroirs et sans suite sont autant d’indices qui montrent que le combat contre la corruption est aussi préoccupant que la lute contre le terrorisme, même si les effets du premier ne sont pas aussi spectaculaires que ceux du second. Mais les deux ruinent à fond tout Etat et suppriment la paix à terme. Christophe Dabiré a fait de son mieux, certes, mais l’image d’homme de l’ancien système (celui du président Compaoré qu’il a servi) lui colle à la peau, au même titre que le président Roch d’ailleurs. Il a été ministre de la Santé (1992-1997) puis des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique (1997-2000) sous le régime de Blaise Compaoré et est devenu plus tard Commissaire du Burkina-Faso à la Commission de l’UEMOA (2007-2017). Une image dont l’un ou l’autre ne saurait se défaire aux yeux des Burkinabè et qui a nourri certains jugements de valeurs sur la capacité de l’homme à réussir ses missions. Le futur chef du gouvernement devra faire de la révolution dans l’exercice de sa fonction et mettre au pas, réellement, le gouvernement futur, les acteurs de l’administration burkinabè dans son ensemble pour sortir le pays du gouffre de la corruption, de la gabegie et des détournements sous toutes leurs formes. Si le peuple burkinabè a les yeux rivés sur le président Roch Kaboré quant au choix du futur premier ministre qui doit incarner ses aspirations et être à la hauteur des défis surtout sécuritaires, il y a que les ministres aussi devraient incarner cette somme d’exigences. Après tout, c’est au pied du mur que l’on connaît le bon maçon. On attend donc de voir l’équipe gouvernementale resserrée annoncée et le capitaine qui conduira le bateau. On retiendra que Christophe Dabiré n’a pas démérité. Il aura fait ce qu’il a pu, avec l’expérience qu’il a et la carrure qui est la sienne ainsi que tout le relief qu’il a. A plus de 70 ans, il a eu la sagesse qu’il lui faut pour agir et il a fait de son mieux, cela d’autant plus que la pandémie du Covid 19 n’a pas facilité les choses, au Burkina comme dans tous les pays du monde. Nul ne le contestera. Dabiré quitte la primature donc avec le sentiment d’avoir réussi d’une façon ou d’une autre, en laissant bien entendu insoluble le problème de l’insécurité dû au terrorisme rampant notamment. Avec ses conséquences multiples et incalculables sur tous les secteurs d’activités, tels l’économie, l’éducation, la santé, pour ne citer que ceux-là, sans compter les milliers de déplacés internes et les personnes tuées.
La probité, la vertu dans la gouvernance pour sonner la mobilisation générale
Les acteurs de la société civile, les travailleurs, bref toutes les couches socioprofessionnelles dans le pays attendent le président et le futur gouvernement notamment sur les chantiers de la sécurité et de la lutte contre la corruption. Le chef de l’Etat a en tête l’ultimatum que lui avait lancé l’opposition politique (CFOP), à savoir sa démission s’il n’arrivait pas à inverser la courbe de la dégradation de la situation sécuritaire. Cet ultimatum est arrivé à échéance et nul ne dit que cesseront les manifestations, les meetings et autres protestations contre l’incapacité supposée du pouvoir à apporter la paix dans les villes et campagnes du Burkina où les terroristes font la loi. Le phénomène terroriste est imprévisible et insaisissable et la lutte contre un tel monstre est un combat à vie qui nécessite la mobilisation générale de l’ensemble des Burkinabè. Le pouvoir a lui seul n’y pourra rien, mais il lui appartient de travailler à rassurer par la gouvernance vertueuse, la probité qu’il faut et qui pourrait convaincre le peuple et faire de ce dernier l’allié sûr. Sans cela, les Burkinabè risquent d’avancer en rangs dispersés contre l’ennemi commun. Ce qui peut nous coûter, (touchons du bois !) dans le pire des cas, plus que nos vies, c’est-à-dire notre patrie, si jamais… ! Et l’histoire nous jugera tous, si nous échouions à défendre la patrie mère dont nous avons héritée de nos aïeux.
Lonsani SANOGO



















