Cameroun : Le gouvernement de Paul Biya accusé d’intensifier la crise dans les régions anglophones du pays

Le Front social-démocrate (SDF), l’opposition camerounaise, a accusé le gouvernement d’escalader la crise dans les régions anglophones du pays, où sévit une rébellion séparatiste. Avant de vous faire part de la déclaration faite par l’opposition, nous vous proposons à travers cet article, de revenir sur les facteurs qui ont été à l’origine de la crise anglophone.
Colonie allemande, le Cameroun fut partagé entre le Royaume-Uni et la France après 1918. Le 11 février 1961, un référendum entérine une scission de la partie colonisée par les Britanniques : les habitants du Southern Cameroon ont décidé de se rallier à la République du Cameroun voisine, indépendante de la France depuis 1960. Aujourd’hui, les quelques cinq millions d’anglophones du pays (sur vingt-quatre millions d’habitants) vivent dans deux régions, appelées Nord-Ouest et Sud-Ouest. A la base, cette séparation de région a été le fait de l’actuel président Paul BIYA après avoir accédé au pouvoir en 1983. En novembre 2016, les mouvements sécessionnistes se sont développés dans ces deux régions, alimentés par la fronde des avocats et des enseignants. Ceux-ci protestaient contre la dérive centralisatrice du gouvernement BIYA. Alors que la Constitution garantit le bilinguisme et la diversité culturelle, le gouvernement a imposé l’utilisation des règles inspirées du droit latin, en contradiction avec la Common Law d’origine britannique qui domine dans cette partie du Cameroun. Pour les populations locales, il s’agissait d’une provocation, à laquelle s’ajoute une autre : la nomination systématique de professeurs francophones pour enseigner l’anglais dans les écoles anglophones ! C’est ainsi que dans ce climat tendu, le Southern Cameroon National Council (SCNC), mouvement soutenu par une partie de la diaspora, a proclamé la sécession de l’«Ambazonie » le 1er octobre 2017. Les autonomistes ont décidé de baptiser leur « pays » à partir d’« Ambas », nom de la baie située au sud du mont Cameroun (4 070 mètres, point culminant de l’Afrique de l’Ouest). Ils se sont même dotés d’un drapeau (bleu et blanc). Selon Amnesty International, plus de quatre cents personnes (400) ont péri depuis la proclamation de la « République d’Ambazonie ». Pour ne rien arranger, La nomination en mars 2018 de deux ministres anglophones, fidèles du chef de l’État, n’a fait qu’attiser les mécontentements en zone anglophone. Au point de faire naître un sentiment que l’on qualifierait de racisme au sein des séparatistes anglophones. En effet, à en croire M. Ndong Christopher NVEH, un avocat qui a été chargé de défendre des responsables séparatistes arrêtés en janvier 2018 au Nigeria, beaucoup de jeunes combattants anglophones sont animés par la seule haine du francophone. C’est ainsi que, conscient de cela, dans un communiqué reçu par une presse internationale le lundi 31 décembre 2018, le SDF (parti d’opposition) a accusé le gouvernement de Yaoundé d’être incapable de faciliter la création d’un environnement propice au dialogue et à la sortie de la crise dans le nord-ouest et le sud-ouest du Cameroun. Le parti a également dénoncé la détérioration de la situation à la suite du refus du gouvernement de prendre les mesures appropriées, notamment par le biais d’un dialogue inclusif. Tenant le régime pour responsable de l’escalade du conflit qui s’est étendu aux régions du Littoral et de l’Ouest, le SDF a fermement condamné l’obstacle apparent du président Paul BIYA pour avoir refusé de répondre aux demandes de ses compatriotes anglophones, plongeant le pays dans une situation où la paix et l’unité sont compromises. Selon la presse internationale, le SDF a invité les camerounais à contribuer à la recherche de solutions appropriées et durables garantissant la coexistence pacifique. Mais encore, le SDF a averti qu’aucun gouvernement n’avait jamais gagné la guerre contre son peuple. Appelant les citoyens à condamner avec la plus grande énergie le discours de haine et le tribalisme, notamment par le biais des médias sociaux. Le SDF a appelé Paul BIYA à libérer tous les détenus liés à la crise anglophone et à créer des conditions propices au retour des personnes clandestines ou vivant en exil.
Sé Alida MILLOGO