Egypte : Une figure du féminisme s’est éteinte

Nawal el-Saadawi, écrivain et médecin féministe égyptienne au franc-parler, est décédée ce dimanche à 89 ans selon l’AFP.

La honte, le désespoir et la répression de la féminité sont des thèmes sur lesquels se penchait Nawal el-Saadawi pour écrire ses livres et dénoncer la condition des femmes

La célèbre écrivaine égyptienne Nawal el-Saadawi, a passé sa vie à vexer les politiciens et les religieux avec sa lutte contre l’oppression des femmes et les tabous religieux. Auteur de plus de 55 livres, et à la fois médecin et psychiatre, Nawal el-Saadawi a été brièvement emprisonné par le défunt président Anwar Sadat et également condamné par Al-Azhar, la plus haute autorité musulmane sunnite d’Egypte, rappelle l’AFP. L’égyptienne reconnue pour son franc-parler a fait campagne contre les femmes portant le voile, l’inégalité des droits de succession islamiques entre les hommes et les femmes, la polygamie et les mutilations génitales féminines (MGF). «Je me fiche des critiques universitaires ou des personnes qui rédigent des critiques. Je n’ai jamais été beaucoup reconnue par eux ou par le gouvernement », avait déclaré la féministe radicale à l’AFP en 2015.

Elle avait quitté l’Egypte en 1993, après avoir reçu des menaces d’islamistes, pour rejoindre les Etats-Unis

Emblème de la lutte pour les droits des femmes

Saadawi était réputée pour sa dénonciation ardente des MGF, dont elle a été victime alors qu’elle n’avait que six ans. «Depuis que je suis enfant, cette blessure profonde laissée dans mon corps n’a jamais guéri», a-t-elle écrit dans une autobiographie. Dans une vaste interview en 2015 avec le journal britannique The Guardian, elle a déploré le conservatisme rampant de son pays. “Nawal el Saadawi, autrice, militante et médecin égyptienne (était) devenue l’emblème de la lutte pour les droits des femmes dans le monde arabe patriarcal et faisait campagne contre les mutilations génitales féminines, qu’elle avait subies à l’âge de 6 ans”, écrit Alan Cowel dans un article lui rendant hommage dans le New York Times. Son livre La Femme et le Sexe, publié en 1972, lui a attiré les foudres des autorités gouvernementales et religieuses. Elle a sorti des ouvrages consacrés aux conditions de vie des femmes face à l’intégrisme religieux. Sur les réseaux sociaux, nombreux-ses sont ceux-celles qui lui rendent hommage.

Pierre O.