Ethiopie : les Éthiopiens ont voté dans un climat de suspicion et de crise politique

Les Ethiopiens ont voté ce lundi 21 juin 2021 pour une élection repoussée par deux fois et scrutée à l’étranger, sur fond de doutes sur sa crédibilité et de famine dans la région en guerre du Tigré (Nord). Il s’agit du premier test électoral pour le Premier ministre Abiy Ahmed, 44 ans, qui avait promis à son arrivée au pouvoir en 2018 d’incarner un renouveau démocratique dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, rompant ainsi avec ses prédécesseurs.

Quelque 38 millions d’électeurs sont enregistrés mais beaucoup d’entre eux ne se rendront pas aux urnes lundi, le vote n’ayant pas lieu dans un cinquième des 547 circonscriptions du pays

Plusieurs électeurs et responsables politiques interrogés par l’AFP ont salué un scrutin plus démocratique. Un employé dans une agence de voyage à Addis abeba Milyon Gebregziabher, 45 ans, a déclaré à l’AFP que « Je vote parce que je veux voir mon pays se transformer. Cette élection est différente. On peut choisir entre différents partis politiques. Dans le passé, il n’y en avait qu’un ». Abiy Ahmed, lauréat 2019 du prix Nobel de la paix, qui avait fait libérer des milliers de prisonniers et encouragé le retour d’opposants en exil, avait également promis que ces élections législatives et régionales seraient les plus démocratiques que l’Éthiopie ait jamais connues. Le Parti de la Prospérité, son mouvement, qui compte le plus grand nombre de candidats pour le Parlement fédéral, est le grand favori pour remporter une majorité et former un gouvernement. En Éthiopie, les députés élisent le Premier ministre, qui dirige le gouvernement, ainsi que le président, dont la position est honorifique. Ces élections mobilisent 40 partis et 9500 candidats. Quelque 38 millions d’électeurs sont enregistrés mais beaucoup d’entre eux ne se rendront pas aux urnes lundi, le vote n’ayant pas lieu dans un cinquième des 547 circonscriptions du pays. La majorité de ces zones, touchées par des violences ou des insurrections armées ou bien connaissant des problèmes logistiques, voteront le 6 septembre. Certains observateurs ont questionné la crédibilité du scrutin, notamment les Etats-Unis, inquiets de l’exclusion d’un si grand nombre d’électeurs et de la détention de responsables d’opposition.
Le scrutin sera observé de près par les voisins et rivaux de l’Ethiopie, comme le Soudan et l’Egypte, opposés au « Grand barrage de la renaissance », titanesque projet hydroélectrique sur le Nil Bleu qui menace, selon eux, leur approvisionnement en eau.
Oumou Konaté