GESTION DE LA MAIRIE CENTRALE DE OUAGADOUGOU

Armand Beouinde veut-il revisiter Simon Compaoré?

L’homme d’affaires Armand Beouinde, élu à la tête de la mairie centrale de Ouagadougou, la capitale burkinabè à l’issue des élections municipales de 2016, est en train d’enthousiasmer plus d’un. Longtemps critiqué pour son «inaction» à la tête de cette entité, Beouinde semble vouloir donner tort à ses détracteurs. En effet, depuis le dernier trimestre de 2020 jusqu’à maintenant, le maire et ses services municipaux ne cessent de faire la «une» des médias. Des actions de démolissage des constructions illégales en passant par la fermeture des débits de boissons (pour nuisance sonore ou pour leur proximité avec des centres scolaires) aux déguerpissements pour occupation anarchique de la voie publique….rien ne semble échapper à la loupe du bourgmestre de la capitale. Il ne s’est pas arrêté là, il a même pris un arrêté pour interdire la consommation de la «chicha» (sorte de pipe à eau utilisée pour fumer du tabac) dans les “lieux publics clos ou non” de la capitale.
Des actions de cette envergure ne sont pas sans rappeler celles de ce légendaire maire de Ouagadougou que fut Simon Compaoré. Ce dernier a marqué de son empreinte à la mairie centrale par les actions inopinées de nettoyage, de déguerpissement, de démolissage…durant son passage à la tête de la capitale de 1995 à 2012 soit 17 ans de gestion. Sous sa houlette, Ouagadougou était citée parmi les villes les plus propres de l’Afrique de l’ouest. Pour plusieurs observateurs, le maire actuel Armand Béouindé est en train d’emboîter le pas à son aîné et prédécesseur Simon Compaoré dans son élan d’assainissement et d’embellissement de Ouagadougou.
Cependant de telles actions ne peuvent se poser sans grincements de dents. Les actions de démolissage et de déguerpissement créent parfois des tensions et un manque à gagner pour les personnes visées par ces actions. Certaines d’entre elles prétendent être en règle vis-à-vis des textes municipaux. C’est le cas de Yacouba Maiga qui a vu ses installations métalliques détruites par la police municipale le 10 mars 2021 à Kossodo, pour «occupation anarchique de la voie publique». Pourtant ce dernier soutient, document à l’appui, être en conformité avec la réglementation municipale. Interrogé sur ce sujet par la chaîne Burkina Info, le maire Armand Beouinde laissera entendre qu’il «faut savoir que les textes sont faits pour gérer tout ce qui est général; moi je ne m’attache pas aux cas particuliers» et plus loin il poursuit en disant que «si il (le propriétaire des installations détruites) pense qu’il a été malheureusement dégagé, celui-ci a des voies de recours». Si la nécessité d’embellir et d’assainir une ville comme Ouagadougou n’est pas négociable, les autorités municipales devraient s’assurer de la légalité de leurs actes pour ne pas “engager” la commune dans des procès dont les issues peuvent s’avérer incertaines ou coûteuses pour celle-ci. Oui, pour les actions de salubrité mais non aux actions d’éclat, aux allures populistes qui peuvent être préjudiciables aux finances communales.

En rappel, Ouagadougou qui a été érigée en commune depuis belle lurette, compte 3 millions d’habitants et mesure 600 km² selon les données de la mairie centrale.

Abdoul Karim TAPSOBA