Insurrection populaire Retour sur le fil des événements marquants les 30 et 31 octobre 2014

Au Burkina Faso, les 30 et 31 octobre 2014, des millions de citoyens de toutes les couches sociales, de toutes les régions, de toutes les ethnies et de toutes les religions, sont sortis massivement pour dire « non » au pouvoir à vie.

Octobre 2014- Octobre 2019, cela fait cinq ans que les Burkinabè ont mis fin aux 27 ans de règne de l’ex-président Blaise Compaoré par une insurrection populaire. Les 30 et 31 Octobre 2014, ces deux journées ont été les plus décisives du mouvement insurrectionnel et resteront des dates historiques pour le Burkina Faso. Retour sur les faits marquants de cette insurrection.

La modification de l’article 37 de la Constitution, la politique de la 4e République et l’adoption du projet de loi portant organisation et fonctionnement du Sénat sont entre autres les raisons qui ont conduit à la chute de l’ex-président Président Blaise Compaoré et de son régime. En effet, le peuple Burkinabè a longtemps contesté et marqué son mécontentement à travers des grèves et des marches par rapport au manque d’emploi, à la corruption, la pauvreté, le détournement des biens publics et l’injustice. Mais, la décision du président Compaoré et de ses partisans de mettre en place le sénat et de modifier l’article 37 en mai 2013 ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Dès lors, les partis de l’Opposition politique, regroupés autour du Chef de File de l’Opposition politique et les organisations de la société civile ont organisé une série de manifestations visant à contraindre l’ex-régime à revenir sur sa décision mais aussi réaffirmer les aspirations du peuple burkinabè en matière d’alternance démocratique paisible et de bonne gouvernance. Nous retiendrons entre autres manifestations qui ont drainé du monde à la place de la Nation à Ouagadougou et dans plusieurs autres localités du pays : la journée nationale de protestation contre la vie chère et la mise en place du Sénat organisée le 29 juin 2013 ; la marche-meeting du 28 juillet 2013 pour le refus de la mise en place du Sénat et de la modification de l’article 37 de la Constitution ; la marche-meeting du 18 janvier 2014 toujours contre la modification de l’article 37 de la Constitution ; les marches- meetings de Dori, de Kaya et de Bobo-Dioulasso et la marche-meeting du 23 août 2014. Toutes ces sorties de l’opposition et de la société civile n’ont pas réussi à dissuader le président Compaoré, qui était déterminé à poursuivre son processus de modification de l’article 37 afin de se présenter à la prochaine élection présidentielle de 2015. Ces partisans vont même organiser plusieurs meetings pour soutenir son action.

‘’ L’appel à la désobéissance de l’Opposition politique ‘’
Face à la détermination de l’ex-président et conscient de l’adoption probable du projet de loi le 30 Octobre 2014 devant conduire à la modification de la Constitution, l’opposition politique va organiser le 28 octobre 2014 une marche-meeting extraordinaire qui a connu la mobilisation de près d’un million de personnes. Au cours de cette marche, le chef de file de l’opposition politique a décrété la désobéissance civile sur toute l’étendue du territoire burkinabè. S’en est alors suivi une série de protestation dans les principales villes du Burkina jusqu’au 30 Octobre, jour de l’examen du projet de loi.
‘’ Le 30 Octobre 2014, le jour où tout a basculé‘’
Le 30 octobre 2014, les manifestations ont continué. L’examen du projet de loi qui devait normalement se tenir à 16h a été ramené à 10h au sein de l’Assemblée nationale. Malgré le déploiement impressionnant des forces de l’ordre autour de l’Assemblée nationale, la population, à l’appel des partis politiques et des organisations de la société civile est sortie massivement, les mains nues, le 30 octobre 2014 pour empêcher le vote du projet de loi. Aux environs de 9h 30 des manifestants ont forcé plusieurs barrières érigées par les forces de l’ordre et envahir l’hémicycle où devrait se tenir le vote. L’instant d’après, le parlement prendra feu. Dans les chefs de provinces et de régions les populations se sont mobilisées sur les lieux de manifestations. Les manifestants réclament maintenant la démission du président Compaoré.
A 11h30, l’opposition politique, sous l’égide de Zéphirin Diabré, le chef de file de l’opposition, après une réunion d’urgence, s’est alignée aux souhaits des manifestants appelant les Forces de Défense et de Sécurité à prendre leur responsabilité. Une heure après les militaires du camp guillaume ont rallié les manifestants à la place de la Nation. A 17h le président Compaoré a annoncé la dissolution de son gouvernement, décrété l’état de siège et retiré le projet de loi. Il a affirmé même dans une déclaration diffusée sur quelques chaines privées à 22h qu’il remettra le pouvoir à la fin de la période transitoire. L’Opposition politique a réitéré son désir de voir Blaise quitter simplement le pouvoir sans conditions. Face au refus du président Compaoré de démissionner, les manifestations ont repris de plus belle le vendredi 31 octobre 2014. Cet ultime assaut des manifestants va finalement avoir raison sur ce règne du haut de ses 27 ans. Le Chef de l’Etat démissionnaire a trouvé refuge en Côte d’Ivoire où il vit toujours.
Cette insurrection populaire a conduit à des actes de vandalisme et a enregistré malheureusement 625 blessés et plus d’une vingtaine de morts. Cinq après on se souvient toujours mais les appréciations ont beaucoup ont évolué.

Latifa Nikiema