Jacqueline Oble Lohoues: Première Africaine agrégée de droit privé

     

Au sein du conseil constitutionnel ivoirien, siège une dame dont la réputation va au-delà des frontières de son pays. Jacqueline Oble Lohoues, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, juriste de formation, a beaucoup d’autres cordes à son arc. Allons à sa découverte.

Née en 1950 à Dabou en République de Côte d’Ivoire, Anne Jacqueline Oble Lohoues (AJOL) est issue d’une fratrie de 11 enfants, selon Wikipédia. Première femme agrégée de droit privé en Afrique, premier professeur juriste de l’Afrique subsaharienne de la faculté de droit d’Abidjan, Ministre de la justice, de l’Education nationale, ancienne députée, premier professeur, genre féminin, titulaire de droit en Côte d’Ivoire, co-fondatrice et présidente des facultés universitaires privées d’Abidjan (FUPA)….AJOL fait figure de juriste chevronnée de son pays.

            Une juriste aux ambitions présidentielles

Après son baccalauréat, elle opte pour des études de droit, bien qu’elle ait été orientée en Stomatologie, à l’université d’Abidjan. Fort de sa détermination et de son assiduité au travail, elle y décrochera en 1975 une licence en droit. Pour parfaire ses connaissances, elle dépose ses bagages successivement à l’université de Paris II et à celle de Jean Moulin où elle obtient respectivement la Maîtrise en droit privé en 1977 et un Doctorat en 1982, précise le moteur de recherche. Devenue avocate plus tard, Oble a été, selon des sources concordantes, la première professeure de droit en Afrique subsaharienne à la faculté de droit d’ Abidjan et la doyenne de la faculté de droit de 1986 à 1989. Au regard de son parcours, sa nomination en tant que Garde des sceaux au sein du gouvernement du premier ministre d’alors, Alassane Ouattara, en 1990, n’a guère étonné à l’époque. Membre fondatrice du Rassemblement Des Républicains (RDR), actuel parti au pouvoir, elle est élue députée en 1995, mais, va démissionner, quatre ans après, pour dit-on «s’être opposée à la candidature de Alassane Ouattara aux présidentielles de 1999». Après cette démission, Oble retourne à ses anciennes amours, les amphithéâtres. Depuis les salles de l’université, elle conseille, juridiquement, le défunt  premier ministre, Charles Konan Banny, et cela, de 2006 à 2007. Convaincue de son leadership et avec l’appui de ses multiples soutiens, la juriste va nourrir des ambitions présidentielles. C’est ainsi qu’elle se présente aux élections présidentielles de 2010, en Côte d’Ivoire. A l’issue de ce scrutin, elle recueille, d’après les chiffres officiels, 0,27% des suffrages, devançant ainsi beaucoup de ses concurrents. Au second tour, elle soutient Laurent Gbagbo dont la réélection a été vivement contestée. Ce soutien lui vaudra une nouvelle entrée dans un gouvernement, celui de Gilbert Aké M’bo, cette fois-ci, en tant que ministre de l’Education. En avril 2011, les autorités en place sont mises aux arrêts, mais Oble a été l’une des rares ministres à n’avoir pas été inquiétée.

Agrégation, entrée au conseil constitutionnel…

Dans une interview accordée à nos confrères du magazine ELLE Côte d’Ivoire et publiée en mars 2021, elle est revenue sur des pans entiers de sa vie. «J’avais vu des films de procès à la télé, avec des procureurs et des avocats. Je me suis dit que cela pouvait être très intéressant, donc je me suis inscrite en droit et j’y ai fait mes 4 années de licence», confie-t-elle, à propos de son choix pour les études juridiques. Au cours de cette interview, elle s’est appesantie sur sa consécration académique, les difficultés rencontrées et bien évidemment le déclic pour sa carrière. Concernant son sacre universitaire au concours d’agrégation  organisé par le Centre Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur (CAMES, ndlr) en 1983, la première Ivoirienne à avoir brigué la magistrature suprême semble bien s’en rappeler. «Je me suis présentée, nous étions 7 candidats de tous les pays d’Afrique et j’ai été la seule admise en 1983. Voici comment ma carrière a véritablement commencé», a-t-elle soufflé à nos confrères. Actuellement âgée de 71 ans, mère de quatre enfants et membre du Conseil constitutionnel depuis juillet 2017, elle confie n’avoir plus d’ambitions politiques. Son plus grand souhait? Prendre une retraite définitive après son mandat au sein de l’organe chargé de veiller au respect de la Constitution ivoirienne.

                                                                                  Abdoul Karim TAPSOBA (Stagiaire)