Kenya: Phyllis Omido, écologiste acharnée sans concession

Née en 1978 au Kenya, Phyllis Omido est une militante environnementaliste. Ancienne employée d’une usine de recyclage de batterie qui utilise le plomb dans la fabrique, elle se rend compte un jour que son propre lait maternel rendait son bébé malade, ainsi que toutes les mères qui vivent dans les environs de l’usine avec leur enfants. Phyllis Omido va encourager la communauté de Mombasa à dénoncer les effets néfastes des déchets toxiques produits ou exploités par l’industrie, responsable de la mortalité infantile dans les zones périphériques. En 2014, elle obtient gain de cause, ce qui conduit à la fermeture définitive de cette usine et de bien d’autres, plus tard.

A l’origine de cette pollution, l’augmentation de la demande en plomb due à l’essor de l’industrie solaire au Kenya qui récupère et recycle les batteries de voitures dans les fonderies. De ce fait, les populations de Mombasa, pauvres, à la recherche du travail étaient les plus exposées  à cause de leur proximité avec l’industrie. Phyllis Omido constatant ce fait et voyant que l’entreprise ne ménage aucun effort, pour éviter l’exposition de ces travailleurs ainsi que la pollution  des eaux en rejetant des eaux usées non traitées qui se déversent dans les ruisseaux que les résidents utilisent pour se laver, cuisiner et nettoyer, elle élève la voix en 2009. Face à l’évidence de ce qu’elle défend, elle obtient le soutien de Erin Brockovich, militante américaine de l’environnement ayant révélé une affaire de pollution des eaux potables en Californie dans les années 90 à l’origine de morts et de maladies graves comme des cancers. Commence alors une série de batailles où elle va se donner corps et âme pour exiger le protection de la santé des populations sans aucune considération économique ou l’essor de certaines industries, quitte à les fermer. Cette fermeté qu’elle affiche conduira à la fermeture d’une société dont les activités étaient jugées nocives pour la santé publique.

Diplômée en gestion de l’Université de Nairobi, en 2009, alors qu’elle était cadre des ressources humaines au sein de cette usine qui a débuté ses activités en 2007, elle mène une étude d’impact environnemental, en collaboration avec un expert de l’Autorité nationale de la gestion de l’Environnement. L’étude révèle une catastrophe environnementale due aux activités de l’usine. Elle devrait fermer mais la direction rejette en bloc les conclusions.

En 2010, elle est sous le choc. Son propre fils tombe malade et les analyses réalisées révèlent un empoisonnement au plomb, liée à l’activité de l’usine. Les factures médicales de son fils ont rapidement grimpé à plus de 2 000 $, un montant insurmontable pour Omido. Elle a exigé que l’usine paie les frais d’hospitalisation. L’entreprise a payé ses factures en échange de son silence, mais Omido s’est sentie responsable envers la communauté.

L’écologie et l’altruisme chevillés au corps

Elle a quitté son emploi et a commencé à nettoyer les maisons pour joindre les deux bouts et soutenir sa quête pour rendre justice aux travailleurs et aux familles touchés par la fonderie. Toujours désireuse de confirmer les résultats des analyses des médecins, elle opte de faire les mêmes tests sur 3 enfants de la région. Les résultats sont positifs, confirmant un taux élevé de plomb dans le sang des enfants.

Dès lors, elle enclenche une campagne sous la bannière de l’organisation Centre pour la justice, la gouvernance et l’environnement, créée par elle-même pour exiger la fermeture de l’usine. Elle et son fils seront victimes de menaces et d’agressions en 2012 pour son engagement à stopper les activités de cette usine.  Face au silence des autorités qui laissent prévoir leur consentement aux activités de l’usine malgré que la santé des populations riveraines est prise en otage, elle initie des manifestations. C’est alors qu’elle sera arrêtée et emprisonnée pour « incitation à la violence et au rassemblement illégal ». Mais le juge l’innocente et conclut que son action est conforme à la loi.

La noblesse de son combat amène beaucoup d’organisations à la soutenir ainsi que des rencontres de haut niveau avec le Rapporteur spécial de l’ONU sur les déchets toxiques. La tournure de la situation oblige le sénat kényan à mener une évaluation de l’impact environnemental de l’activité de l’entreprise. L’usine est finalement sommée de fermer définitivement en 2014.

Après ce bras de fer qu’elle remporte, elle s’engage de manière acharnée pour la cause environnementale. Grâce à son lobbying, elle obtient la relocalisation de trois fonderies de déchets toxiques dans des quartiers pauvres et urbains dans d’autres parties de la ville de Mombasa.

En 2015, elle fait partie des 6 personnes à décrocher le Prix Goldman pour l’environnement, décerné aux défenseurs de l’environnement dans le monde. En 2020, elle est aussi classée parmi les 100 BBC Women.

Sources : THE GOLDMAN ENVIRONMENTAL PRIZE;  Africawomenexperts.comLucien DAKISSAGA