Le Kenya, le nouveau marché de l’héroïne

Autrefois simple point de passage, le pays est devenu depuis une dizaine d’années une escale stratégique du trafic mondial d’héroïne.

Le Kenya, ce pays d’Afrique de l’Est s’est transformé en une dizaine d’années, en une escale du trafic mondial de la drogue dure. L’héroïne est de plus en plus facile à trouver au Kenya, pourtant autrefois simple pays de transit.   La dose de poudre blanchâtre y coûte 120 shillings (un peu plus d’un dollar américain), selon Africanews. Majoritairement produite en  Afghanistan,  cette drogue regagnait l’Europe principalement via l’Asie mineure et le Proche-Orient. Mais le conflit syrien et le renforcement des contrôles frontaliers face à la crise migratoire ont poussé les trafiquants à tracer un nouveau chemin via l’Afrique de l’Est. “Le Kenya était auparavant un itinéraire de transit et devient de plus en plus une destination pour l’héroïne qui arrive d’Afghanistan”, a expliqué à l’AFP le patron de l’Agence kényane de lutte antidrogue (Nacada), Victor Okioma. Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), les saisies d’héroïne et de morphine un antidouleur très contrôlé ont été multipliées par dix en Afrique entre 2008 et 2018, la majorité en Afrique de l’Est.

Lutte contre la drogue

La consommation de la drogue par les jeunes est devenue une préoccupation majeure pour les dirigeants de ce pays

“L’héroïne est même consommée dans les écoles”, s’alarme Victor Okioma: 0,5% des élèves de 6 à 13 ans avouent y avoir déjà goûté, ainsi que 1,2% des 14-18 ans. En 2018, le ministère kényan de la Santé recensait 27 000 héroïnomanes, injecteurs ou fumeurs, dans un tiers des comtés du pays.    Ces derniers sont exposés à certaines maladies comme l’hépatite C et le VIH. Face à ce problème de santé publique, le pays a adopté certaines mesures. Outre la création de garde-côtes en 2018, le Kenya a renforcé les contrôles de conteneurs dans ses ports et participe depuis peu au programme de contrôle aéroportuaire Aircop avec Interpol. Également, depuis 2014 l’accès à la méthadone, un traitement de substitution à l’héroïne est développé au Kenya.  A Karuri, au nord de Nairobi, 400 personnes viennent chaque jour à la clinique de Médecins Sans Frontières boire un verre de ce sirop orangé qui leur évite les symptômes de manque.

L’Agence kényane de lutte antidrogue (Nacada) procède ici, à la destruction d’héroïne
saisie

«La méthadone a vraiment changé ma vie. Sans ça, je ne serais pas vivant aujourd’hui», a estimé Josephat Kariuki, sous traitement depuis un an, cité par Africanews.

Certes la méthadone reste encore inaccessible pour beaucoup, mais les structures dédiées sont fréquentées par environ 7.000 héroïnomanes, selon l’ONUDC.

Par ailleurs, «l’Afrique connaît aujourd’hui la plus forte augmentation d’utilisation d’héroïne dans le monde», selon l’ONG Global Initiative Against Transnational Organized Crime.

Line Rose