Le rite du stambali en Tunisie, une pratique thérapeutique importée de l’Afrique noire

Ce rite, parfois qualifié de possession, a été importé en Tunisie par les esclaves noirs venus d’Afrique subsaharienne

En Tunisie, les ruptures du jeûne en période de ramadan sont souvent l’occasion de soirées stambali. Le stambali est un rite traditionnel mélangeant danse, musique et chants. A ce rite qui tend de nos jours à disparaître, est attribué des pouvoirs de guérison et de délivrance.

Le stambali ou stambeli est un rite de possession musico-thérapeutique implanté dans certaines régions de Tunisie par des populations venues d’Afrique subsaharienne. Il mêle musique, danses et chants durant lesquels certains participants entrent en transe et incarnent des entités surnaturelles. A vocation curative ou de conjuration du mauvais œil, il regroupe des éléments d’origine africaine et maghrébine.

Transporté par les commerçants d’épices aux XVIIIe et XIXe siècles, le stambali trouve ses racines en Afrique subsaharienne, auprès des peuples Haoussas, mais également chez les Kanouris, plus à l’Est. Il sera importé en Tunisie par les marchands, les musiciens ainsi que les esclaves enlevés par les Arabes pour être vendus dans les souks. A l’opposé de l’exorcisme dont le but était d’expulser une entité maléfique d’un corps humain, le stambali est un rite thérapeutique. Dans le stambali, la musique est jouée pour attirer l’esprit sur un hôte, en vue de le satisfaire. L’esprit ayant pris possession de l’hôte, les boucles musicales vont alors jouer jusqu’à tard dans la nuit, moment où l’esprit sera apaisé. L’idée ici est de faire venir l’esprit, de l’amadouer par une transe dansée qui constitue une forme d’offrande. On parle alors d’adorcisme. Pour l’avoir satisfait, l’humain qui lui prête son corps s’en trouvera guéri et régénéré. Pour assurer ce délicat dialogue entre le patient et les génies, un médium appelé l’Arifa est chargé de cette tâche. Accompagnant le rituel, c’est elle ou lui qui établit le diagnostic, et désigne l’esprit à contenter et adoucir.

Un rite  en voie de disparition

Une autre clef de voûte de la cérémonie est la musique. Orchestrée par le Mâllem, également appelé Yenna, ce maître est au centre de l’orchestre. Son instrument caractéristique est le gombri, un luth à trois cordes. Son manche long parle aux esprits. L’instrument joué par le maître de cérémonie a le pouvoir d’attirer les esprits qui, à son écoute, descendent parmi les fidèles.  Il se compose du pincement des trois cordes, des battements percussifs sur la caisse de résonance sur laquelle une peau est tendue, ainsi que des vibrations d’un résonateur métallique. Le Yenna est accompagné à la rythmique par les joueurs de chkachek, placés de part et d’autre du maître. 

Cependant à Tunis, les maisons de stambali disparaissent, faute de relève de nouveaux maîtres, du fait que l’initiation des Mâllem comme des Arifas se transmet par filiation. De ce fait, il ne resterait, à Tunis, qu’une poignée de Mâllem. De même Chez les arifa, la passation de savoirs s’opère également au sein du cercle familial, ou, plus rarement, par le choix des « esprits ». Selon RFI, aujourd’hui, la pratique traditionnelle «tend à disparaître au profit d’un stambali moins spirituel, plus folklorique, qui se tient non plus dans les zaouias (mausolées de saints musulmans) mais dans des salles de spectacles.

Roseline  BADO

Sources: pan-african-music.com; lemonde.fr