L’Egypte et la Turquie tentent un rapprochement diplomatique

En froid depuis une décennie, les deux pays ont amorcé un réchauffement diplomatique qui s’annonce toutefois lent tant la méfiance entre les deux pays reste profonde. Une délégation du ministère turc des Affaires étrangères a entamé le 5 mai des discussions avec des responsables égyptiens au Caire.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan (gauche) et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (droite) ont amorcé un réchauffement diplomatique entre leurs pays

Après plusieurs gestes d’ouverture ces derniers mois, une délégation du ministère turc des Affaires étrangères a entamé, le 5 mai, des discussions avec des responsables égyptiens au Caire, ont constaté des journalistes de l’AFP. Selon un communiqué officiel égyptien, ces « pourparlers politiques » se sont poursuivis le lendemain. Depuis la destitution en 2013 du premier président démocratiquement élu d’Égypte, Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans et soutenu par la Turquie, les relations entre les deux pays s’étaient fortement dégradées. Cette tentative de rapprochement intervient alors que les deux pays  alliés des Etats-Unis subissent des pressions croissantes de Washington depuis le départ de Donald Trump. Ils cherchent à apaiser les tensions avec leurs voisins, dans une région qui a été ces dernières années le théâtre de vives luttes d’influences entre puissances régionales, notamment en Libye et en Méditerranée orientale. Les discussions au Caire « doivent porter sur les mesures nécessaires à une normalisation des relations au niveau bilatéral et régional », a indiqué mardi le communiqué officiel égyptien.

Portée du rapprochement

La question de la Libye, pays déchiré depuis une décennie par les conflits et où la Turquie et l’Egypte soutiennent deux camps opposés, est en tête des discussions

Des médias arabes critiques de leurs gouvernements, notamment de médias égyptiens proches de la confrérie des Frères musulmans, interdite par le Caire en 2013 et installés à Istanbul ont été priés par les autorités turques de « baisser le ton » à l’égard du pouvoir du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi.  En tête des dossiers de la discussion, figure la Libye, pays déchiré depuis une décennie par les conflits et où la Turquie et l’Egypte soutiennent deux camps opposés. L’amorce de dégel avec le Caire coïncide aussi avec un apaisement en cours entre l’Egypte et le Qatar, principal allié de la Turquie dans la région. « La baisse des tensions dans la région avec notamment un désengagement dans les points chauds comme en Libye, bénéficierait à tout le monde », a souligné à l’AFP Abdelkhalek Abdallah, professeur de sciences politiques aux Emirats arabes unis. Depuis la nomination en mars d’un nouveau Premier ministre libyen, Le Caire comme Ankara se sont montrés plus ouverts à un règlement politique à Tripoli. Ankara espère aussi pouvoir sortir d’un isolement diplomatique en Méditerranée orientale, où la découverte d’importants gisements de gaz naturel ces dernières années a donné lieu à un partage entre pays riverains dont la Turquie se sent exclue.

Line Rose