
Lettre de Manou n°005
Cher Lasso,
Wolodougou est en deuil. Ton quartier est atteint, les rues sont silencieuses, même les mouches peuvent ressentir la consternation des nôtres. Djomblé est mort, le fils du tout premier El’adji de la rue 22 est tombé sous des balles assassines pendant qu’il se rendait à la mine où il travaillait.
Comment allons nous consoler Nabo, son épouse? Elle pleure sans cesse depuis plusieurs jours. Qu’allons nous dire à ses enfants? Ces bambins qui pensent toujours que leur paternel est parti comme d’habitude pour revenir dans deux semaines. Comment regarder ces deux vieillards qui vont enterrer leur rejeton parti à la fleur de l’âge? Tu ne peux pas imaginer ce que peuvent ressentir les frères et sœurs de celui qui fut béni avec un bon travail!
Qui soutiendra cette veuve et ses enfants à partir de ce moment? qui soutiendra désormais ses frères et sœurs et leurs enfants? qui va terminer la réhabilitation de la concession familiale? Qui va subvenir aux besoins de scolarité et de pitance de tous ceux qui comptaient sur le regretté Djomblé?
En attendant de dire nos adieux à Djomblé dans quelques jours et l’enterrer dans le cimetière des victimes innocentes, plusieurs quartiers autour de Wolodougou pleurent leurs enfants également. Des enfants qui faisaient la fierté de plusieurs générations, des enfants qui étaient les seuls soutiens de leur famille et souvent de tout un quartier. Ils sont tous partis sans certainement savoir pourquoi!
Ils nous ont quitté pour toujours en nous laissant leurs mémoires, leurs acquis, leurs projets, leurs familles….En d’autres termes c’est une perte immense car les morts ne participeront plus à la construction de Wolodougou et ses environs.
Très cher Lasso, dès que tu as un congé, je te propose de rentrer pour présenter tes condoléances aux familles éplorées.
A bientôt!
Wolodougou, le 08 Novembre 2019
Par ton frère, Manou.



















