Mali: la France rejette le rapport de l’ONU sur une frappe aérienne lors d’un mariage

Une enquête des Nations unies a conclue qu’une frappe aérienne conduite par les militaires de Barkhane au Mali a tué 19 civils réunis lors d’un mariage à Bounti, dans le nord du Mali, le 3 janvier dernier. Des accusations que la France a rejeté en bloc.

Une enquête de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma) auprès de plus de 200 personnes par la division des droits de l’homme a conclu le mardi 30 mars 2021 que 19 civils réunis pour un mariage ont été tués par une frappe aérienne de l’armée française. Au moins 22 personnes sont mortes, dont trois membres présumés de la katiba Serma [une alliance djihadiste affiliée à Al-Qaida]. Le groupe touché “était très majoritairement composé de civils qui sont des personnes protégées contre les attaques au regard du droit international humanitaire”, rappelle la Minusma.

C’est dire que ce rapport de la Mission de l’Onu au Mali constitue la plus grave mise en cause d’une opération française par les Nations unies depuis le début de l’engagement de Paris au Sahel en 2013 vu qu’en novembre 2017, les soldats français ont été accusés d’avoir tué un mineur, qu’ils avaient pris pour un terroriste.

De “nombreuses réserves” émises par la France

Afin de contester les témoignages recueillis par les enquêteurs de l’ONU, la ministre française des Armées Florence Parly en visite de deux jours au Mali du 30 au 31 mars, après une rencontre avec le Président de la transition du Mali, Bah Ndawa, a réaffirmé devant la presse la version de la force Barkhane sur les événements survenus dans le village malien de Bounti. « Je le réaffirme ici avec force. Les forces armées françaises ont ciblé un groupe terroriste qui avait été formellement identifié comme tel », de ce fait « Je ne peux pas admettre que l’honneur de nos soldats puisse ainsi être sali » a-t-elle déclaré.
Aussi a-t- elle balayé du revers de la main les informations selon lesquelles des hélicoptères et avions français ont été aperçus à basse altitude ce jour-là à Bounti. « Nous avons utilisé des avions de chasse qui volent à très haute altitude », a rétorqué la ministre.
Elle terminera en ajoutant que l’enquête onusienne a été menée de manière unilatérale.
De leur côté, sept organisations de la société civile, maliennes et étrangères, réclament l’ouverture d’une enquête judiciaire indépendante sur le bombardement. Elles ont appelé notamment la France et le Mali à faire toute la lumière sur ce drame.
Roseline BADO