Nigéria : Les combats entre Boko Haram et l’Etat islamique s’intensifient autour du lac Tchad

Les deux organisations terroristes se livrent à un combat à mort dans le nord-est du pays où l’Iswap a pris l’avantage sur la mouvance anciennement dirigée par Abubakar Shekau.

La mort brutale d’Abubakar Shekau n’a pas mis fin aux combats entre groupes djihadistes rivaux au Nigeria, selon Le Monde. On s’en souvient, en mai, le chef de Jamaat Ahl Al-Sunnah Lil Dawa Wal Jihad (JAS) – l’une des factions de la mouvance communément appelée Boko Haram – avait été forcé de déclencher sa ceinture d’explosifs pour échapper aux hommes du groupe Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), qui le traquaient jusqu’au cœur de son bastion dans la forêt de la Sambisa. Seulement, six mois plus tard, tous les anciens combattants du groupe considéré comme le canal « historique » de Boko Haram n’ont pas rendu les armes. Selon Vincent Foucher, chercheur au CNRS, au Cameroun et dans la Sambisa où sont désormais positionnés les hommes de l’Etat islamique, « il n’y a pas vraiment de résistance organisée, mais plutôt des restes de JAS ».

Par contre, « la résistance est effective » du côté du lac Tchad où une sous-faction du JAS subsiste sous la houlette du djihadiste Ibrahim Bakoura, aussi connu sous le nom de Bakoura Doro.En 2016, lorsque le groupe Boko Haram implose et se scinde en deux groupes (le JAS et l’Iswap), Ibrahim Bakoura est resté fidèle à Abubakar Shekau, bien qu’il n’y ait pas eu « de relation forte, ni de contact régulier » entre les deux hommes ces dernières années à en croire Vincent Foucher. Alors qu’un cessez-le-feu apparent semblait régner entre les deux factions, « les combats ont repris avec un niveau d’intensité très important » depuis la mort d’Abubakar Shekau, note le chercheur. Fin septembre, la faction Bakoura est notamment parvenue à s’emparer de l’île stratégique de Kirta Wulgo selon le journal Le Monde. Encerclés par l’Iswap qui contrôle aussi la route qui mène au bassin du lac Tchad, les anciens fidèles de Shekau n’ont plus beaucoup d’options, même s’ils pourraient encore chercher à se regrouper au cœur de la Sambisa. Leurs effectifs sont résiduels et leurs moyens dérisoires face à la puissance de feu du groupe Etat Islamique en Afrique de l’Ouest.

Source : Journal Le Monde

Pierre Oued.