Nigeria: Qui était Abubakar Shekau, le chef fanatique de Boko Haram annoncé mort ?

Déclaré mort par suicide par ses rivaux du groupe de l’État islamique en Afrique de l’Ouest, Abubakar Shekau aura eu un parcours de djihadiste sanguinaire. Il fut un homme longtemps insaisissable. Portait de cet homme, qualifié de “Chef fanatique” selon plusieurs sources concordantes.

Abubakar Shekau, le leader de Boko Haram, a donné au monde l’image d’un chef djihadiste fanatique

Durant plus de dix ans, Abubakar Shekau, le leader de Boko Haram, a donné au monde l’image d’un chef djihadiste fanatique, depuis son fief du nord-est du Nigeria. Il est depuis dimanche 06 juin, une nouvelle fois donné pour mort par ses rivaux du groupe de l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), affilié à l’organisation Etat islamique. Ils ont affirmé dans un document audio que cet homme insaisissable s’était suicidé à l’issue de combats entre les deux groupes djihadistes rivaux. Boko Haram ne s’est pas exprimé sur la mort annoncée de son chef, et l’armée nigériane dit enquêter.

Notons que plusieurs fois, la mort d’ Abubakar Shekau avait été annoncée: en 2009, 2013 et 2014, avant qu’il ne réapparaisse dans des vidéos pour se lancer dans des messages de plus en plus provocants. « Le fait d’avoir été plusieurs fois donné pour mort, à tort, ou blessé sans avoir trépassé, a certainement accentué son sentiment de toute-puissance »,  a affirmé Yan Saint-Pierre, qui dirige le centre d’analyse en sécurité Modern Security Consulting Group, cité par Le Point.

Jeune adulte, il part étudier le Coran à Maiduguri, la capitale de l’Etat voisin de Borno, l’un des plus pauvres du Nigeria

Un fils de fermiers pauvres aux vagues connaissances en théologie

L’histoire de celui que les Etats-Unis considèrent comme un « terroriste à l’échelle mondiale » est d’abord celle d’un fils de petits fermiers pauvres aux vagues connaissances en théologie, qui s’est radicalisé au fil des années. Ses parents, des Kanouris du sud du Niger, s’étaient installés au Nigeria voisin, dans un village de l’Etat de Yobe (nord-est) avant sa naissance, en 1965, 1969 ou 1975, selon le département américain de la Justice.

Jeune adulte, il part étudier le Coran à Maiduguri, la capitale de l’Etat voisin de Borno, l’un des plus pauvres du Nigeria. Là, il prend part au mouvement Boko Haram, fondé par Mohammed Yusuf, qui séduit la jeunesse désœuvrée de Maiduguri en accusant les valeurs occidentales d’être responsables des maux dont souffre le Nigeria, comme la corruption rampante et l’immense pauvreté.

Abubakar Shekau « était un homme simple et insouciant au début. Les autres étudiants se moquaient parfois de lui pour ses comportements un peu idiots qui traduisait son déséquilibre mental », a rapporté Kayam Bulama, l’un de ses compagnons de classe, cité par L’express. Mais peu après sa rencontre avec Mohammed Yusuf, « il a commencé à être très emporté et radical », a t-il ajouté.

C’est en 2010 que Shekau prend la tête de Boko Haram et commence à ordonner des massacres de civils, des attentats-suicides perpétrés par des enfants ou encore des assauts meurtriers contre l’armée dans le nord-est du Nigeria. A mesure de l’expansion sanglante de son groupe, Abubakar Shekau réussit à gagner l’attention du monde entier. Notamment en 2014, lorsque Boko Haram enlève près de 300 adolescentes dans leur pensionnat à Chibok.

Shekau prend la tête de Boko Haram en 2010

En 2015, il fait allégeance à l’Etat islamique, et son groupe devient le groupe Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap). Mais un an plus tard, il est désavoué par l’EI, qui lui reproche notamment l’utilisation d’enfants pour des attentats-suicides. Selon Yan Saint-Pierre, cité toujours par L’express, « son intransigeance, sa radicalité, lui a été reprochée par une partie des djihadistes », pourtant eux-mêmes rompus aux méthodes violentes.

Abubakar Shekau relance alors sa faction historique. Depuis cette date, deux groupes djihadistes se partagent une grande partie du nord-est du Nigeria : l’Iswap sur les pourtours du lac Tchad, et Boko Haram dans son bastion historique de la forêt de Sambisa. Ces dernières années l’Iswap est monté en puissance, gagnant du territoire et lançant des attaques plus sophistiquées.

Toutefois, si Shekau n’est plus, l’Iswap va probablement devoir convaincre ou combattre d’autres factions de Boko Haram loyales à leur chef, qui disposent encore d’importants bastions notamment de part et d’autre de la frontière avec le Cameroun à Gwoza, Pulka, et dans les montagnes de Mandara, ainsi qu’au Niger. « Ce n’est peut-être pas fini, l’Iswap va devoir soumettre ou convaincre ces groupes de s’unir à lui, pour consolider totalement son contrôle », a expliqué une source sécuritaire, cité par L’express.

Depuis le début de la rébellion du groupe islamiste radical Boko Haram en 2009 dans le nord-est du Nigeria, le conflit a fait près de 36 000 morts et deux millions de déplacés. L’Iswap, reconnu par l’Etat islamique, est né en 2016 d’une scission avec Boko Haram, auquel il reproche notamment des meurtres de civils musulmans. Après être monté en puissance, il est désormais le groupe djihadiste dominant dans le nord-est du Nigeria, multipliant les attaques d’ampleur contre l’armée nigériane.

Sources: lepoint.fr

            lexpress.fr

                                                                                              Leylatou TIENDREBEOGO