Nomination du premier ministre : Christophe DABIRE commence là où PKT a échoué

Christophe Joseph Marie Dabiré, le nouveau premier ministre du Burkina Faso

Nommé Premier ministre, le lundi 21 janvier 2019 en remplacement de Paul Kaba Thiéba, Christophe Joseph Marie Dabiré est attendu sur plusieurs chantiers qui sont les préoccupations majeures des Burkinabè. Si les Burkinabè dans leur grande majorité sont unanimes qu’il fallait impulser une nouvelle dynamique à la tête de l’exécutif, ils préfèrent cependant attendre les premières actions de l’homme avant de le juger au regard des nombreux défis qui attendent cet ancien ministre. Une chose est sûre, réussir au mieux sa mission dépendra de la qualité de ses relations avec la classe politique, d’une part, et de l’autre avec les partenaires sociaux.
Cet ancien commissaire de l’UEMOA n’est pas un novice de la sphère politique burkinabè. Economiste,il a été directeur des études et des projets et directeur général de la coopération avant d’être appelé à des fonctions gouvernementales en tant que ministre de la santé de 1992 à 1997 et ministre des enseignements supérieurs et de la recherche scientifique de 1997 à 2000. Christophe Dabiré a été élu deux fois député en 1997 et 2002. En 2005 il a été le directeur de campagne de Blaise Compaoré dans sa région d’origine, le Sud-Ouest. C’est dire que cet ex-militant du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) retrouve ses anciens compagnons devenus entre temps MPP aux affaires. Sauf que ce comeback intervient dans une période où les attentes des Burkinabè sont énormes et plusieurs chantiers attendent la nouvelle équipe gouvernementale. En effet depuis 2015, le Burkina Faso est devenu le ventre mou des attaques terroristes dans la sous-région. Plusieurs centaines de vies des éléments des forces de défense et de sécurité ainsi que des civils ont été fauchées par les illuminés qui n’ont jusqu’à là pas été assez courageux de porter à nu leurs revendications. A ce bilan macabre, il faut ajouter les conséquences d’ordre économique qui affectent durement le pays des Hommes intègres. Le nouveau Premier ministre est beaucoup attendu sur le terrain de la relance économique. En plus de la situation sécuritaire très préoccupante, il faut ajouter la grogne sociale qui risque de s’intensifier au cours de cette année. S’il y a une chose que l’on peut reprocher au gouvernement sortant, c’est sans doute le fait de ne pas avoir réussi à trouver des solutions aux nombreuses revendications des travailleurs du public. Conséquence, le Burkina a beaucoup perdu dans les bras de fer entre syndicats et gouvernement.

Christophe Dabiré doit rétablir la confiance entre l’exécutif et les partenaires sociaux

Christophe Dabiré doit, s’il veut bien réussir sa mission à la tête de l’exécutif, rétablir la confiance avec les partenaires sociaux à commencer par les enseignants qui ont cessé depuis début décembre 2018 les évaluations pour protester contre le non-respect des engagements relatifs à la revalorisation du statut d’enseignant pourtant signés en janvier 2018 suite à une grève générale qui a duré trois mois. Il est aussi attendu sur le terrain de la réconciliation et de la cohésion sociale entre les fils et les filles du Burkina Faso avec tout ce que le pays a connu ces cinq dernières années. Et quid de la poursuite de la mise en œuvre du PNDES dont son prédécesseur semble avoir posé les jalons. En tout cas, les défis qui attendent ce nouveau gouvernement sont nombreux et ce ne sont pas les qualités humaines du PM qui feront défaut. Lui qui est auréolé de discours laudateurs ne tarissent pas depuis sa nomination et même venant de la part de l’opposition. Morceaux choisis : « Monsieur Dabiré est un homme à l’esprit ouvert, un homme qui est pondéré, et il est quelqu’un qui aime la rationalité et la rigueur. Ce sont des qualités qui font de lui un homme ouvert. Il est à mesure de concilier les tendances, de rapprocher les filles et fils de ce pays, et de se mettre au-dessus de la mêlée », a dit le premier vice-président chargé des questions politiques du CDP, Achille Marie-Joseph Tapsoba, au confrère de lefaso.net. « C’est quelqu’un qui est très à l’écoute (…) il a une certaine expérience », renchérit Maître Gilbert Yaméogo, président de l’ADF/RDA.

Le nouveau PM aura-t-il les coudées franches pour exécuter sa lettre de missions ?

Suffisant pour mener à bien sa mission ? Tout compte fait les Burkinabè prennent acte et l’attendent au pied du mur. Car la question est de savoir, si le nouveau PM aura les coudées franches de sa famille politique pour trouver des solutions aux problèmes qui minent le pays ? Il risque d’être frappé d’ostracisme du fait des indéboulonnables militants du MPP qui n’hésiteront pas à le rappeler à la moindre occasion, qu’il viendrait de la vaque des militants de la onzième heure. L’opposition, surtout les tenants de l’ex-majorité CDP, va certainement faire dans la surenchère pour obtenir gros en profitant bien sûr du fait qu’ils ont enfin trouvé quelqu’un moins revanchard en face avec qui ils ont trinqué aux années fastes du régime Compaoré et qui doit les ménager avec beaucoup de soins au risque de le considérer comme leur cheval de Troie, d’autant plus qu’au lendemain de sa nomination, on a oui dire qu’aucun acte ne confirme sa démission de l’ex-parti au pouvoir. Christophe Dabiré n’est pas loin de ce personnage ambigu qui va susciter méfiance et doute sur sa capacité de rester constant et ferme dans ses prises de positions sans heurter des sensibilités tant au sein de la majorité que de l’opposition. Pourtant, il doit mesurer la portée de ses actions pour mériter la confiance du plus grand nombre de ses compatriotes. Son échec risque de radicaliser les positions surtout que les élections de 2020 s’annoncent palpitantes. Mais nous espérons de tous nos vœux que les burkinabè sauront taire, comme l’a dit l’autre, les intérêts égoïstes pour regarder dans la même direction afin de sauver la patrie d’abord.
Auguste Don de Dieu