Participation de l’UPC à la gestion du pouvoir au Burkina : “ Quand vous rejoignez un camp, c’est dans l’optique d’apporter votre expertise”, dixit Moussa Zerbo

La question du terrorism n’est pas forcément liée à un système de gouvernance, selon Moussa Zerbo, cadre UPC

En marge d’une cérémonie culturelle tenue le 17 septembre 2021 à Ouagadougou, nous avons eu un entretien avec Moussa Zerbo, ancien député de l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC). Il aborde avec nous des questions d’actualité nationale et internationale. Lisez plutôt!

Quotidien Numérique d’Afrique (QNA): Cela fait 6 mois que votre parti  est dans la mouvance présidentielle. Quel bilan tirez-vous de votre participation à la gouvernance actuelle?

Moussa Zerbo (MZ): Comme vous le savez, nous avons été appelés à ce gouvernement pour des questions de réconciliation et de cohésion nationales. Ce qui a d’ailleurs été le thème de campagne de notre candidat , son Excellence Zéphirin Diabré (actuel ministre de la réconciliation, ndlr). Nous avons un ensemble de propositions qu’on avait déjà prédéfinies et c’est dans ce cadre que nous nous retrouvons. A mi-parcours comme vous le savez, il y a eu des concertations au niveau des régions et cela se poursuit dans l’optique de parvenir à un document qui permettra au gouvernement de tenir le Forum sur la réconciliation et la cohésion. Je crois que c’est ça qui va tracer les grandes pistes pour arriver à ce que nous estimons être à la base de beaucoup de problèmes que nous connaissons au Burkina Faso. Dans un pays où il n’y a pas de cohésion c’est plus facile pour l’adversaire de pouvoir mettre pieds chez vous. Nous pensons que le peuple burkinabè a besoin de s‘unir, de se parler face aux adversaires qui nous agressent de partout.

Quelle appréciation faites-vous de l’action du président de votre parti, Zéphirin Diabré (ZD), depuis sa nomination comme ministre en charge de la réconciliation?

Avant que son département ait ses propres locaux, ZD avait déjà commencé à travailler. Cela témoigne clairement du niveau de son dévouement pour la cause de son pays. C’est un patriote, sinon vous même vous connaissez son parcours et sa carrure, il n’avait pas besoin forcément de venir au plan national pour faire valoir ses compétences. Chaque jour que Dieu fait il consulte et cela jusqu’à la base, car pour combattre un mal il faut d’abord le comprendre. Au regard de la sensibilité de la problématique de la réconciliation, Diabré se trouve être à la fois au four et au moulin.

QNA: Depuis l’arrivée de Roch Kaboré au pouvoir en 2015, le Burkina est confronté aux attaques terroristes. Ces derniers mois on assiste même à une recrudescence de ces actes. Comment expliquez vous cette situation qui perdure depuis six ans?

Il faut tout de suite dire que la question du terrorisme n’est pas forcémént liée à un système de gouvernance. Il faut dissocier les choses, car les pays qui sont en proie à ces attaques n’ont pas, tous, un problème de gouvernance. Cependant en ce qui nous concerne, nous avons peut-être péché par le fait de n’avoir pas cerné le mal dès le départ et maintenant qu’il s’est généralisé, sa résolution devient très complexe. De nos jours, il est évident qu’il faut l’implication des uns et des autres. Dans notre cas, nous ignorons toujours nos adversaires et les mobiles de leurs attaques. En six ans d’exercice du pouvoir, je reconnais que quelque chose est fait, même si cela reste toujours en deçà des attentes. C’est le lieu pour moi de présenter mes condoléances les plus attristées aux familles des victimes et également souhaiter prompt rétablissement aux blessés. Nous osons croire qu’avec les récents changements à la Sécurité et à la Défense et surtout avec le travail de fond opéré actuellement, les résultats vont se faire sentir incessamment.

Hier dans l’opposition, vous imputiez la responsabilité de l’impasse sécuritaire à la gouvernance du pouvoir en place. Aujourd’hui dans la majorité, vous trouvez que l’insécurité n’est pas liée à une question de gouvernance. Ne trouvez-vous pas que votre discours change en fonction de votre position du moment?

Non ! non ! non ! Ce n’est pas un changement de discours. Quand je dis que le terrorisme n’est pas lié à un problème de gouvernance, je ne suis pas entrain de disculper le pouvoir en place. Vous savez, il faut être réaliste. Il est de bon ton, pour l’opposant, de relever les failles du gouvernement et de proposer des solutions. Tout ce qu’on disait était accompagné de propositions. A partir du moment où nous changeons de camp, nos propositions qui sont faites en ce moment doivent être intégrées. Quand vous rejoignez un camp, c’est dans l’optique d’apporter votre expertise. Moi, Zerbo, je n’ai pas ma langue dans la poche, si un problème de gouvernance grave surgit aujourd’hui, je me prononcerai en homme libre. Je ne tiens pas compte du bord politique pour m’exprimer. Certains me reprochent même d’être toujours dans ma peau d’opposant.

Le 5 septembre dernier,  le président guinéen, Alpha Condé, a été renversé par une junte militaire. Vous, en tant que démocrate, comment analysez-vous cette situation?

Je suis foncièrement contre tout ce qui n’entre pas dans le cadre constitutionnel. C’est un coup  d’Etat et je ne n’irai pas du dos de la cuillère pour le condamner. Cependant, d’une part aussi, cela peut sonner comme une interpellation à l’endroit de nos chefs d’Etat,  pour la simple raison que le tripatouillage des constitutions peut conduire à ces agissements pareils. En effet, je pense aux troisièmes mandats. Vous voyez comment le président Condé a fait fi des manifestations pour arriver à ses fins et se maintenir au pouvoir. C’est le peuple qui est pris en otage en pareille situation. La scène de liesse populaire qui a accueilli le putsch montre à souhait que les Guinéens en avaient marre.

Des rumeurs courent actuellement sur une probable arrivée de Wagner, une société privée de défense russe, au Mali. Cela est-il une solution à encourager au-delà des frontières maliennes?

C’est un débat auquel je ne me mêle pas, personnellement, car l’on ignore les tenants et les aboutissants de tels accords. Je ne suis pas spécialiste de ce domaine, donc j’évite de me prononcer à propos. Seules les autorités maliennes pourront répondre à cette question.

Propos recueillis par Abdoul Karim TAPSOBA (Stagiaire)