PRISON À VIE POUR GUILLAUME SORO : Les prémices d’une réconciliation en trompe-l’œil …

L’ex-premier ministre ivoirien et ex-président de l’Assemblée nationale en exil, Guillaume Soro, a été condamné par contumace à la perpétuité par un tribunal d’Abidjan. Une condamnation jugée politique qui a suscité de l’émoi chez bien d’Ivoiriens et qui va impacter la réconciliation nationale.

La condamnation à perpétuité de l’ex-premier ministre de Alassane Dramane Ouattara (ADO), Guillaume Soro, le 23 juin 2021 par un tribunal d’Abidjan, est intervenue alors que l’ex-président Laurent Gbagbo rentrait (à Abidjan) de la Haye après 10 ans de prison à Scheveningen. Les ennemis d’hier semblent avoir bien calibré, sur fond de négociation, l’agenda de la réconciliation. Nul n’est dans le secret des dieux pour savoir ce que ADO et Gbagbo se sont dit avant le retour du second le 17 juin à Abidjan.  En œuvrant à faciliter le retour des ennemis d’hier, Gbagbo, Blé Goudé et bien des réfugiés politiques proches de Gbagbo, et en œuvrant du même coup à enterrer politiquement le premier ministre Soro dont il s’est suffisamment servi pendant la rébellion et au cours de ses deux premiers mandats à la tête du pays, ADO fait le jeu trouble d’un homme controversé, à la rancune tenace. C’est un secret de Polichinelle de dire que c’est la rébellion qui a permis à ADO de revenir dans le jeu politique par la force des choses, et c’est sur Soro, le patron des Forces Nouvelles d’alors, les rebelles, qu’il s’est appuyé avant de réussir la reprise en mains de la réalité du pouvoir d’Etat. Comment multiplier par zéro, sauf problème de mémoire, tous les sacrifices et services que Soro a pu rendre à son régime pendant qu’il était premier ministre et ministre de la Défense, député du parti d’ADO, le RDR (Rassemblement des républicains) et président de l’Assemblée nationale ivoirienne? Certes, la Côte d’Ivoire  sortait d’une guerre qui a consacré la partition du pays entre le Nord et le Sud, et il n’était pas gagné d’avance pour le pouvoir de ADO d’avoir une armée unie derrière un commandement uni et fort.  Des crises à répétition au sein de la grande muette ont souvent éclaté notamment au Nord, ex-bastion des rebelles, et Guillaume Soro, d’une façon ou d’une autre, a dû jouer des pieds et des mains pour ramener la quiétude.  Soro  a risqué sa vie pour ADO, le 29 juin 2007, suite à l’attentat qui a visé son avion à Bouaké, alors qu’il était le premier ministre de Gbagbo dans un climat politique national très tendu à l’époque. Soro a eu des prétentions légitimes d’aspirer à la magistrature suprême, même si il paraissait très pressé au point que cette ambition politique a accéléré la rupture entre lui et ADO et précipité son départ de l’Assemblée nationale. Mais pour autant, ADO avait-il besoin d’avoir la rancune si tenace vis-à-vis de Soro pour avoir affiché ses ambitions politiques alors que le président ADO n’avait même pas choisi son dauphin ?

La perpétuité pour Soro, un écueil pour la réconciliation

En faisant condamner à la perpétuité Guillaume Soro et à des peines de prison lourdes ses proches, sans oublier les peines pécuniaires auxquelles ils sont tous condamnés, ADO donne malencontreusement des signaux forts d’une réconciliation en trompe-l’œil dont le chantier reste en préparation. La politique n’échappe pas au calcul froid des Hommes politiques, et  l’attitude du président ADO vis-à-vis de son allié d’hier  (Soro) et de ses ennemis d’hier (le camp Gbagbo) cache mal le deal qu’il a pu bien faire avec Laurent Gbagbo. Ce dernier du reste, aussitôt rentré à Abidjan, a annoncé son divorce d’avec son épouse Simone Gbagbo, détournant ainsi l’attention des Ivoiriens du problème de fond du moment qu’est l’épineuse question de la réconciliation. C’est à se demander si, au nom du deal probable, les deux hommes, Gbagbo et ADO, ne font pas circonstanciellement  les complices de façade, pour permettre à ADO de régler un tant peu ses comptes avec Soro et ses partisans avant de mettre en chantier la réconciliation nationale. Ce qui est sûr, rien n’est sûr en politique et tout reste fragile, friable et peut changer d’un moment à l’autre. Gbagbo est rentré pour poursuivre son combat politique. Il est convaincu d’avoir été le vainqueur des élections de 2010, convaincu aussi que la Communauté internationale, la France et ses alliés notamment, a contribué à le chasser du pouvoir pour installer au trône celui qui lui paraissait plus malléable et coopératif,  ADO en l’occurrence. Mieux, son retour au pays depuis le 17 juin dernier est pour lui et tous ses partisans la preuve de la victoire de la vérité sur le mensonge, la preuve qu’il n’a rien à se reprocher de ce qui est arrivé comme tragédie en Côte d’Ivoire après l’élection de 2010. Si l’espoir reste permis que la réconciliation va s’enclencher, le doute reste tout aussi permis sur la forme et le fond que le pouvoir d’ADO entend  donner à cette réconciliation qui devrait inclure tous les Ivoiriens. Et Dieu seul sait que la lourde condamnation politique de Soro et ses partisans par le pouvoir du président ADO reste un os dans la gorge de bien d’Ivoiriens, partisans ou sympathisants de l’ex-premier ministre et ex-président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, lesquels se sentiront certainement moins concernés par la réconciliation dans son format actuel. 

Lonsani SANOGO