Procès Assassinat Thomas Sankara : Les témoins Arsène Bongnessan Yé, Boukari Douamba, Patrice Ouédraogo et Victor Zongo étaient à la barre

Le procès de l’assassinat du président révolutionnaire Thomas Sankara et ses compagnons s’est poursuivi au tribunal militaire de Ouagadougou le 22 novembre 2021 avec le passage à la barre des témoins. Leur audition, suivie de confrontations, a laissé voir quelques contradictions.

Ce 22 novembre 2021, dans la matinée, c’est le témoin Arsène Bongnessan Yé qui est passé à la barre, le premier, suite à la suspension de son interrogatoire le vendredi 19 novembre 2021. Il a dit avoir pris fonction au sein de la révolution à partir de 1983 après l’arrivée du président Jerry Rawlings au Burkina Faso. Il a occupé les fonctions de membre du bureau politique et président de la sous-commission relation extérieur. « En arrivant au conseil, je ne savais pas que Sankara était mort. Pour moi comme c’était un coup d’État, peut-être qu’on l’ a gardé (Sankara) quelque part », a indiqué, Arsène Bongnessan Yé. Toutefois, il dit avoir demandé d’après lui (Sankara). « Le commandant Lingani a regardé son portrait accroché sur le mûr et a dit : “ le pauvre”. Là j’ai compris qu’il était mort », a-t-il ajouté. Sur la question de l’un des avocats de la partie civile de savoir si Blaise Compaoré lui a expliqué les circonstances de la mort du Capitaine Thomas Sankara, il répond : «  Blaise m’a expliqué qu’il y a eu un affrontement entre les deux gardes et c’est ce qui aurait occasionné la mort de Sankara, a-t-il laissé entendre.

S’agissant de sa collaboration avec Blaise Compaoré suite à l’assassinat du Capitaine Thomas Sankara, alors qu’il se présentait comme plus proche de lui, Arsène Bognessan Yé va souligner que, pour lui, « l’engagement révolutionnaire est personnel, ce n’est pas au service d’un homme mais d’un pays ». Toujours dans sa collaboration avec Blaise Compaoré, une note des services de renseignement français indique qu’il serait le porte parole du Front populaire après le coup d’État ce que Arsène Bongnessan  Yé va nier en soulignant qu’à la date du 16 octobre 1987, le front populaire n’existait pas et je n’ai jamais été porte-parole de ladite structure ».

Son audition finie, c’est le tour du témoin Douamba Boukary, (Chef de service de la table d’écoute de  la gendarmerie au niveau du renseignement, arrêté au moment des faits) de livrer sa version des faits. Selon lui, lors de son arrestation, il a vu Jean Pierre Palm (accusé), Gaspard Somé et Djibril Bassolé lorsqu’on l’amenait en détention dans la « salle C », sous ordre de Jean Pierre Palm où il restera un mois sans savoir pourquoi alors que dans le même temps ses demandes d’audiences sont restées vaines. « Mi-novembre 1987, Jean Pierre Palm est venu avec un Blanc pour inspecter nos matériels. En sortant, le Blanc m’a indexé et a dit d’arrêter celui là, qu’il est très dangereux. Après deux gendarmes sont venus m’escorter à l’escadron. Arrivé, Palm était arrêté avec Somé Gaspard, Djibril Bassolé. Il a dit de me conduire à la salle C ». «  Pendant ma détention, on ne m’a posé aucune question ».

A sa libération on lui aurait indiqué qu’il serait envoyé en mission à Dori. « Deux jours après ma libération, je suis venu pour prendre mon bon de voyage on m’a dit que ce n’était pas prêt. Il y a une liste (gendarmes arrêtés, considérés comme des indésirables dans le corps) qui devrait sortir et mon nom sera dedans », a indiqué Douamba Boukary. « Jean Pierre Palm a dit que tous ceux qui auront leurs noms sur la liste ne verront plus le Béret jusqu’à leur mort », a-t-il laissé entendre. Face à ses accusations du témoin Douamba Boukary à l’encontre de l’accusé Jean Pierre Palm, il sera appelé à la barre par la chambre pour donner sa part de vérité.

« Le président a été informé le matin et a dit que c’était imparable

Jean Pierre Palm dit de ne pas se rappeler avoir ordonné l’arrestation du témoin Douamba Boukary et de l’existence d’une « salle C ».

« Je ne me rappelle pas avoir donné l’ordre de l’arrêter », se défend-il avant d’ajouter qu’il n’a appris l’existence de la « salle C » qu’après son départ à la retraite. En plus, dit-il, lui et Gaspard ne s’entendaient point, par conséquent, ils ne pouvaient être ensemble comme le suggère Douamba Boukary. « Gaspard et moi étions comme chien et chat, depuis que j’ai appris qu’il serait l’auteur de l’assassinat de Saïdou Bancé », a-t-il fait savoir.

Pour le cas du Blanc, Jean Pierre Palm va indiquer qu’il était en mission officielle pour faire le point sur les moyens de la gendarmerie, ajoutant qu’aucun Blanc ne peut venir en territoire burkinabè et demander d’arrêter un gendarme ».

Ces réponses de Jean Pierre Palm n’ont pas été du goût du témoin qui a indiqué à Palm ceci : « le jour de l’accouchement, il n’y a pas de honte ».

Mais quand arrivera le tour du témoin Patrice Ouédraogo, opérateur d’écoute, subalterne de Boukary Douamba, il va soutenir les déclarations de son supérieur. « Le Blanc a indexé Douamba qu’il a qualifié de dangereux et c’est après ça qu’on l’a arrêté ». Après avoir décrit les faits du 15 octobre 1987, une vive discussion s’engage entre le témoin et le président de la chambre de jugement après que le premier a indiqué qu’en dehors des rumeurs, le service de renseignement n’avait pas d’éléments sur la préparation du coup d’Etat.

« On a informé à temps le président Thomas Sankara de l’attaque », soutient Victor Zongo, un autre témoin passé à la barre le même jour. Selon ce dernier, agent des services de renseignements, affecté au contre-espionnage, au moment des faits, le 15 octobre, Tenga Boubacar Koala, chef des services du contre-espionnage, devait se rendre à la Présidence afin d’y déposer un pli contenant une cassette à l’attention du président du CNR. Les informations contenues traitaient du « dénouement sanglant de la crise de ce soir à 15H ». Il affirme que tout le monde était au courant de la crise au sein du service et que Thomas Sankara a bel et bien reçu le pli qui lui était destiné. « Le président a été informé le matin et a dit que c’était imparable. Il a remercié Koala et lui a remis un chèque qu’il devrait récupérer à la trésorerie et c’est là que les coups de feu l’ont surpris ».

Le procès se poursuit ce mercredi 24 novembre 2021 avec d’autres témoins à la barre.

Lucien DAKISSAGA