Procès Dosier Thomas Sankara : Gilbert Diendéré, l’un des accusés de marque, plaide non coupable

 

Le procès des assassins présumés de Thomas Sankara se poursuit devant le tribunal militaire de Ouagadougou. A la barre ce mardi 9 novembre, le général Gilbert Diendéré, l’un des accusés de marque dans ce procès, a plaidé non coupable.

Le procès de l’assassinat du président Thomas Sankara a vu à la barre, ce mardi 09 novembre, l’accusé le plus attendu depuis le début de ces interrogatoires. Gal Gilbert Diendiéré,  droit dans ses bottes, avec à ses cotés une pile de documents. C’est en homme imperturbable que le Général Diendéré, le natif de Songnaba, dans le Passoré, va se rendre à la barre. Pour son interrogatoire. Ce dernier est poursuivi pour 4 chefs d’accusation dont l’attentat à la sureté de l’Etat,  la complicité d’assassinat, de recel de cadavres et de subordination de témoins. En réaction à ces chefs d’accusation, le Gilbert Diendéré, lieutenant et chef adjoint du Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô au moment des faits, a plaidé non coupable, avant de se lancer dans un récit des faits qui se sont déroulé au soir du 15 octobre 1987. « J’aimerais tout d’abord m’incliner en  la mémoire de toutes les personnes disparues » dit-il d’entrée  de  jeu. « Dans la matinée du 15 octobre 1987, j’avais une réunion au conseil de l’entente avec la sécurité rapprochée de Blaise et de celle du Président Thomas Sankara. Seul Yacinthe Kafando était absent mais s’était fait représenter ». Sur la raison de cette réunion, il va préciser : « C’était une rencontre ordinaire pour parler de la vie du corps mais j’ai profité de l’occasion pour dissiper les rumeurs selon lesquelles Thomas Sankara voulait arrêter Blaise ou que Blaise préparait un coup d’Etat contre Thomas Sankara car ces rumeurs avaient créé une situation de méfiance au point ou les éléments des deux sécurités dont les chefs se regardaient en chiens de faïence ». Toujours selon les dires du General, après la réunion qui a pris fin aux environs de 12h-13h, il est rentré chez lui pour se restaurer. C’est autour de 15h30 qu’il est reparti au Conseil, se changer pour aller au sport. « C’est de là-bas que j’ai entendu les coups de feu. J’ai repris la route pour aller au Conseil, en prenant le soin de ne pas emprunter le même itinéraire. Sur place, je me suis rendu à la permanence, au niveau de la villa Togo où j’ai demandé ce qui se passait. On m’a dit que ça tirait vers le secrétariat », a expliqué l’accusé

 « Il m’a répondu, on s’en fout »

Il poursuit en disant que c’est arrivé à ce lieu qu’il a vu les corps gisant sur le sol. Il précise qu’il y a trouvé les officiers Nabié et Otis à qui il a demandé « Qu’est ce qui se passe ?». Nabié lui aurait fait comprendre que Sankara voulait arrêter Blaise et donc eux ils ont pris les devants. « J’ai alors demandé où était Blaise Compaoré et il m’a dit à la maison. J’ai voulu savoir s’il était au courant de ce qu’ils avaient fait et il m’a répondu, on s’en fout », a fait savoir le général Diendéré. Et de poursuivre, « J’ai alors appelé le commandant Jean Baptiste Lingani pour lui rendre compte de la situation ». C’est vers 18h30, selon lui, que Lingani et Blaise Compaoré, à l’époque ministre de la Justice et chef de corps du CNEC, seraient arrivés sur les lieux. « On s’est retrouvé près des corps et après je suis reparti à la permanence pour calmer les hommes dont certains avaient fui et prendre des dispositions pour renforcer la sécurité. Les deux autres sont partis de leur côté », a indiqué l’accusé.

 « Le moindre faux pas de ma part aurait fait de moi la 14e victime »
Par ailleurs, le général s’est dit étonné du fait qu’on l’accuse de recel de cadavre, vu que cela donne l’impression que c’est lui qui a donné l’instruction de faire enlever et enterrer les corps. « Je n’ai pas été informé de l’enlèvement ni de l’enterrement des corps.  C’est le lendemain que Karim Tapsoba, régisseur à la maison d’arrêt, m’a tendu un papier avec les noms des personnes qu’il a enterré au cimetière de Dagnoën, ajoutant qu’il a posé des étiquettes afin que l’on puisse reconnaître la tombe de chacun. Je lui ai demandé s’il a rendu compte à Lingani. Il a dit oui et donc je n’ai plus rien ajouté », précisera t-ill.Pourquoi vous n’avez pas mobilisé des éléments pour encercler les lieux ? Après la tuerie, pourquoi n’avez-vous pas procédé à l’arrestation des assassins sur place ? Avez-vous réclamé des sanctions contre eux ? Tels sont entre autres, les questions qui lui ont été adressées. « Pour les sanctions, j’en ai parlé dans mon compte rendu au commandant Jean Baptiste Lingani. Pour les arrestations, je dois dire que le moindre faux pas de ma part aurait fait de moi la 14e victime et j’aurais eu mes avocats de ce côté (faisant référence à la place occupée par les avocats des familles des victimes) », s’est défendu le général Diendéré.

Pour sa part, Me Mathieu Somé, avocat de la défense, estime que son client a été très logique durant son interrogatoire. « Le parquet doit prouver les infractions qu’ils ont retenu contre lui, mais vous avez remarqué qu’ils n’ont aucun élément. Ils ont été vraiment en difficultés » a-t-il relevé

 L’audience  se poursuit ce matin à partir de  9h pour la suite des interrogatoires avec les avocats de la partie civile et de la défense

Roseline BADO