Situation sécuritaire : Yacouba Isaac Zida invite le gouvernement à couper les sources de financement des terroristes

L’ex chef d’Etat et ancien Premier ministre de la Transition burkinabè, Yacouba Isaac Zida (YIZ) était l’invité d’une émission de  la télévision BF1 le 12 septembre 2021 depuis le Canada, d’où son séjour date de 2016. La gouvernance actuelle du Burkina, la situation sécuritaire qui y prévaut, la réconciliation nationale, ses relations avec Roch Kaboré l’actuel président du Faso, sa vie d’exilé politique et le contexte d’instabilité dans la sous région ont été au menu des échanges entre le  président d’honneur du Mouvement Patriotique pour le Salut (MPS) et notre confrère Aubin Guébré.

C’est un secret de Polichinelle de dire que le pays des Hommes intègres est actuellement mis à rude épreuve par des attaques terroristes meurtrières à  avec son corollaire de déplacés internes. Yacouba Isaac Zida a, d’entrée  de jeu, salué la mémoire des victimes de ces attaques et dévoilé un pan de ses activités quotidiennes depuis le Canada. «Je me porte très bien. Chaque jour je m’adonne à l’écriture, à la lecture, au sport et je m’informe aussi sur l’actualité de mon pays», a t-il déclaré. Zida bénéficie t-il des avantages liés à son statut d’ancien chef d’Etat? A cette question de notre confrère, l’interviewé nie en bloc, affirmant n’avoir aucun privilège lié à ce titre.

«J’avais conseillé le président Roch Kaboré…»

Au regard du contexte sécuritaire actuel du pays, le général Zida   révèle avoir prévenu le président Roch Kaboré, à la veille de la présidentielle de 2015. «Je me rappelle l’avoir conseillé  d’œuvrer à la cohésion sociale si toutefois il accède au pouvoir». En fin juin  2021, est intervenu un remaniement ministériel marqué par l’entrée au gouvernement de technocrates notamment à la Sécurité et à la Défense pour contrer la menace terroriste. Pour celui qui a dirigé le Burkina du 31 octobre au 21 novembre 2014,  les mesures prises sont «certes salutaires mais arrivent tardivement». A l’entendre, le président du Faso doit aller au delà du simple changement d’Hommes, notamment en équipant conséquemment les Forces de Sécurité et de Défense (FDS), en réorganisant leur renseignement, en coupant les sources de financement des terroristes, en anticipant les attaques…Outre les aspects militaires et pécuniaires, Zida invite le gouvernement à rehausser le moral des troupes et à raviver la flamme du patriotisme en elles, car selon lui, «aucun soldat ne va accepter mourir pour une nation désunie et éclatée». A propos du débat en cours sur la réconciliation nationale, l’invité du «7 infos » de BF1 salue l’initiative mais déclare n’avoir pas personnellement été approché.

       «Je ne suis pas venu en 2020 juste pour éviter d’enliser la crise»

Aux élections présidentielles de 2020, Zida alors candidat avait promis venir battre campagne mais l’attente fut vaine, puisque l’intéressé n’a pas fait le déplacement. A ce sujet, il justifie ce rendez-vous manqué par un souci de préservation de la stabilité sociale. «Je ne suis pas venu parce que je voulais éviter à notre pays une crise dans la crise». Au lendemain des élections, son parti le MPS a curieusement adhéré à la majorité présidentielle. Selon son président d’honneur, ce choix a été minutieusement fait après une réflexion guidée par  la recherche de la paix et de la réconciliation nationale, prônée par le pouvoir actuel. Concernant ses rapports personnels avec le président Kaboré, Zida rassure ne pas avoir une dent contre lui en dépit de sa situation d’exilé. «Je ne hais pas le Président bien qu’il m’ait fait subir des injustices pour des calculs politiques».

                    «Certains putschs sont salutaires»

A l’international et précisément dans la sous région ouest africaine, l’actualité est marquée par la remise en cause permanente des ordres constitutionnels internes des Etats. Tout en condamnant par principe les putschs, Zida qualifie cependant de salutaires les coups de force ayant pour objectif d’enrayer des processus antidémocratiques, comme ce fut le cas selon lui au Mali et tout récemment en Guinée-Conakry. Sa situation d’exilé n’aurait-elle pas des similitudes  avec celle de Guillaume Soro? Faux, rétorque l’interviewé, qui rappelle que l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro a, contrairement à lui, appelé à un soulèvement; ce qui a été de son avis lourd en conséquences par la suite. «Mon cas n’est pas comparable à Soro, et pour moi celui-ci a manqué d’être patient et d’apprendre aux côtés des aînés», a-t-il déploré en guise de conclusion.

Abdoul Karim TAPSOBA (Stagiaire)