SOLHAN, L’HOLOCAUSTE DE TROP

Les terroristes ont encore massacré des populations à Solhan, un village au Nord-Est du Burkina près de Sebba, dans la nuit du 4 au 5 juin 2021. La plus meurtrière attaque que le pays ait connue jusque-là, malgré la montée en puissance des Forces de défense et de sécurité (FDS). Comment en est-on arrivé là et comment éviter pareille tragédie à l’avenir ?

Les FDS sont arrivées plusieurs heures après la tragédie de Solhan

D’où viendra le salut ? C’est l’ interrogation que le Burkinabè lambda se pose après l’holocauste de Solhan, à quelques encablures de Sebba dans la région du Nord-Est, dans le nuit du 4 au 5 juin 2021, où des assaillants, terroristes ont exécuté 160 civils et fait beaucoup de blessés avant de s’évanouir tranquillement dans la nature. Avant que n’arrivent, des heures plus tard, nos FDS qui mènent présentement des ratissages dans la localité pour retrouver ces terroristes, effroyable ! Cette tragédie survient seulement après le passage dans la zone le 14 mai dernier du ministre de la Défense, Chériff Sy, qui a pourtant a rassuré les populations d’une situation sécuritaire sous contrôle. Qu’est-ce qui explique cette soudaine éruption de barbarie au point de semer le doute dans l’esprit des Burkinabè quant à la capacité réelle de nos FDS à garantir la paix et la stabilité aux Burkinabè. Les 3 jours de deuil national décrété par le chef de l’Etat suite à la tragédie de Solhan doivent être des moments d’introspection sur les solutions crédibles à l’activité terroriste qui coûte à la patrie mère son intégrité territoriale. Le facile argument d’une « guerre asymétrique » que les terroristes nous opposent sonne comme un aveu d’impuissance. Il faut plutôt poser les vrais débats sur un phénomène qui a enfoncé ses tentacules dans la société burkinabè. Comment les en extirper ? Pourquoi le terrorisme au Burkina gagne en intensité malgré les opérations militaires « Otampoanou » et « Hounè » menées par nos FDS pour sécuriser les régions de l’Est et du Sahel ? Pourquoi nos FDS arrivent presque toujours tard en cas d’attaque terroriste, malgré les alertes précoces ? Qui sont les ennemis de l’intérieur sur lesquels s’appuient les terroristes pour mener leur sale besogne honteuse ? Le gouvernement mesure-t-il enfin la profondeur et l’ampleur du phénomène terroriste que le pays connait depuis l’arrivée au pouvoir du président Roch Kaboré? Autant de questions qu’il faut examiner et crever l‘abcès pour aboutir à des solutions faibles, pratiques et éprouvées qui achèvent de convaincre le moindre des Burkinabè que le pays est loin de devenir un bastion de la « Katiba du Macina » d’Amadou Koufa ou du « Groupe de soutien à l’islam et aux muslmans » d’Iyad Ag Ghali, ce lieutenant du patron d’ADMI, Abdelmalek Droukdel.

Faire feu de tout bois contre l’hydre terroriste

La lutte antiterroriste est l’affaire de tout le peuple burkinabè. A commencer par l’armée, les FDS. L’armée burkinabè a-t-elle un problème de renseignement ou du moins son renseignement est-il parasité ? Il est évident que le fonctionnement optimum des services de renseignement peut aider à anticiper sur les « pogroms » tels celui de Solhan ou de Tanwalbougou par exemple. Les forces de défense et de sécurité, ( FDS) sont-elles sous-équipées en matériels de combat au point de ne pas faire le poids face à l’hydre terroriste ? Cela parait improbable dans la mesure où le ministère en charge de la Défense a un budget conséquent pour tenir compte de la lutte anti-terroriste depuis des années. Un budget qui, du reste, n’a pas totalement été utilisé l’année dernière, selon certaines sources. En matière de renseignement, les populations qu’on ne cesse d’appeler à collaborer avec les FDS payent parfois le retour de bâton des terroristes pour leur collaboration pourtant utile. A tel point que celles-ci par endroit, contre leur propre gré, préfèrent ne pas collaborer pour se mettre à l’abri de la foudre terroriste. Il devient impérieux de sécuriser les « collabos » parmi les populations pour qu’ils continuent à collaborer, pour la survie des communautés d’appartenance et pour le salut de la nation.


Quant à l’inaccessibilité des théâtres d’opération des terroristes ou des zones attaquées, il faut une coordination efficace entre les troupes au sol et les troupes aéroportées et surtout de la réactivité pour ne donner aucune chance aux terroristes de se tirer à bon compte après leur forfait ou leur crime. Cela à le mérite de rassurer les populations et de leur donner confiance quant à la capacité des FDS à les sécuriser vaille que vaille. Cela s’impose à court terme en attendant que dans une vison globale, les programmes de développement exécutés permettent de résoudre les problèmes de routes dans la plupart des localités difficiles d’accès en saison sèche comme en saison pluvieuse. Il y va de la survie des populations et de notre intégrité territoriale.


Le pouvoir doit donner des gages réels de bonne gouvernance et de gestion vertueuse des moyens de l’Etat. Dans un pays où tout semble prioritaire, nul cas de corruption ou de détournement de biens ou de deniers publics ne doit rester impuni. Les calculs politiques intéressés tendant à fermer les yeux sur les faits de corruptions ou de détournements impliquant des amis politiques doivent cesser ou être criminalisés. Quand on est obligé d’engager tout un peuple contre « la guerre asymétrique », il faut faire preuve de rectitude, de justice et de transparence dans la gestion des ressources publiques pour mériter l’engagement total de tous. C’est indispensable pour espérer vaincre le terrorisme et évacuer les terreaux fertiles à l’activité terroriste. Pour tout cela, il faut veiller, sinon il faut craindre pour l’intégrité du territoire, pour la stabilité politique du pays et pour le vivre-ensemble dans la paix. Déjà, pour faire face aux déplacés internes, les pouvoirs publics comptent sur la solidarité internationale et nationale, sans pour autant réussir à répondre avec satisfaction aux besoins essentiels de ces exilés dans leur propre pays. Il faut donc éviter à tout prix que l’effectif des déplacés internes augmente… de trimestre en trimestre. Il faut absolument réduire la capacité de nuisance des terroristes à défaut de les vaincre. Faisons donc feu de tout bois ! Solhan doit rester l’holocauste de trop. Il ne faut plus que survienne un « autre Solhan »… Plus jamais !
Lonsani SANOGO