Tunisie : Violence après l’immolation d’un journaliste

A la suite de l’immolation d’Abdel Razzaq Zorgui, un journaliste tunisien, dans la nuit du 24 au 25 décembre 2018, des heurts entre les forces de l’ordre et la population de la Kesserine ont éclaté dans le pays. Le journaliste s’est suicidé après avoir dénoncé les conditions de vie précaire en Tunisie.
Abdel Razzaq Zorgui, un photographe tunisien s’est immolé par le feu, dans la nuit du 24 au 25 décembre 2018. L’homme en question avait fait une publication sur les réseaux sociaux avant de se donner la mort. Dans la vidéo, le photographe originaire de Kasserine, dans la région du centre-ouest de la Tunisie, a dénoncé les mauvaises conditions de vie de cette population. Une population qui pour lui est marginalisée et affamée. La mort d’Abdel Razzaq Zorgui a suscité l’indignation en Kasserine. Après son enterrement le 25 décembre, des heurts ont éclaté entre les forces de l’ordre et des habitants. Le photographe avait dans sa vidéo publié sur les réseaux sociaux, appelé la population tunisienne à se révolter. Dans ladite vidéo, il a affirmé initier une révolution seule à travers son immolation. Une affirmation qui renvoie au fait tragique qui avait déclenché la révolution tunisienne de 2010. En effet, l’immolation par le feu d’un vendeur ambulant de Kasserine avait provoqué des manifestions qui ont conduite à la révolution tunisienne et au printemps arabe. La région du centre ouest fait partie des plus pauvres de la Tunisie du fait du chômage qui s’y est enraciné. Cette nouvelle manifestation vient s’ajouter à la crise sociale mais aussi économique qui secoue le pays. La Tunisie vit ces dernières années une inflation qui a atteint le seuil de 8% et une baisse du Dinar cette année. Pendant ce temps, les salaires des fonctionnaires n’ont pas connu d’augmentation. Environ 670 000 foyers ont vu baisser considérablement leur pouvoir d’achat pendant ces dernières années et le taux de chômage est au-dessus de 15%. Dès le début de l’année 2018, des manifestations contre la vie chère avaient déclenché dans le pays. Récemment, en novembre 2018, le syndicat Union générale tunisienne (UGT), avait initié une grève générale pour des revendications économiques. Les fonctionnaires tunisiens ont répondu nombreux à cet appel à la grève pour demander au gouvernement, une augmentation de leur salaire. En outre, le mois de décembre 2018 a connu le lancement d’un mouvement nommé « Gillet rouge », en référence au mouvement « Gilet jaune » de la France. Les initiateurs de ce mouvement ont affirmé vouloir lutter pacifiquement pour l’amélioration des conditions de vie de la population tunisienne, contre le chômage, la corruption, la mauvaise gestion, mais aussi pour le salut de la Tunisie. Pour les gilets rouges, le lancement de ce mouvement constitue un pas en avant vers la restauration de la dignité des tunisiens et de leur droit à une vie décente. Le mouvement a dénoncé la mauvaise gestion du pouvoir tunisien, la dégradation du pouvoir d’achat de la population depuis la révolution de 2011 et l’échec de la classe politique actuelle. L’immolation du journaliste photographe Abdel Razzaq Zorgui pourrait donc susciter une crise nationale au vue des manifestations qui ont déclenché.
Line BAMBARA